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Jardins de la période islamique de l' Alhambra à Grenade aujourd'hui en Espagne dans la communauté d' Andalousie.

Al-Andalus ( الأندلس en arabe, al-Ándalus en espagnol, al-Ândalus en portugais) est le terme qui désigne l'ensemble des terres de la péninsule Ibérique et de la Septimanie qui furent sous domination musulmane au Moyen Âge (711-1492)[1],[2],[3],[4]. L'Andalousie actuelle, qui en tire son nom, n'en constitua longtemps qu'une petite partie.

La conquête et la domination du pays par les Maures[5] furent aussi rapides qu'imprévues et correspondirent à l'essor du monde musulman[6]. Al-Andalus devint alors un foyer de haute culture au sein de l'Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants et ouvrant ainsi une période de riche épanouissement culturel[7],[8].

Sommaire

Étymologie[modifier | modifier le code]

Hypothèse la plus récente de Heinz Halm[modifier | modifier le code]

L'historien et islamologue allemand Heinz Halm a démontré[9] en 1989 qu'« al-Andalus » provient de l'arabisation de la désignation wisigothique de l'Espagne : « *landa-hlauts » (signifiant « attribution des terres par tirage au sort », composé de *landa- « terre » et *hlauts « sort, héritage »)[10].

Ce terme aurait été repris par les Maures au VIIIe siècle et déformé phonétiquement en al-Andalus[11], en suivant les étapes suivantes : landa-hlauts > landa-lauts > landa-luts > landa-lus > Al-Andalus.

Cette hypothèse est reprise par les spécialistes comme Marianne Barrucand, professeur émérite d'art islamique à l'université Paris IV - Sorbonne et spécialiste de l'archéologie islamique.

Histoire[modifier | modifier le code]

La conquête de l'Hispanie et de la Septimanie[modifier | modifier le code]

Rocher de Gibraltar d'où débuta la conquête de l'Hispanie

Après avoir conquis la totalité de l'Afrique du Nord, le gouverneur Moussa Ibn Noçaïr bute sur la ville de Ceuta qui lui résiste[12]. Territoire byzantin, comme toute la côte africaine avant l'arrivée arabe, la ville est trop distante de Constantinople pour être secourue efficacement[12]. Pour se protéger, Ceuta se tourne vers l'Espagne des Wisigoths[12]. Julien, le gouverneur de la cité envoie même sa fille à Tolède afin qu'elle puisse y parfaire son éducation. Le comportement du roi Rodéric qui viole la jeune femme fait pourtant basculer la situation ; Julien en colère souhaite se venger et il conclut un pacte avantageux avec Musa en lui ouvrant les portes de sa ville, tout en lui vantant les mérites d'une conquête de l'Hispanie. Pour prouver sa bonne volonté, il met à la disposition des troupes musulmanes ses vaisseaux[12] mais Musa préfère toutefois demander l'autorisation au calife Walid qui lui répond : « Faites explorer l'Espagne par des troupes légères, mais gardez-vous pour le moment du moins d'exposer une grande armée aux périls d'une expédition d'outre-mer[13] ».

La péninsule ibérique vers 711 - 714
Environs de Carmona : les serfs continuent d'exploiter les terres après l'arrivée des troupes musulmanes

Musa obéit au calife et envoie donc un dénommé Abou-Zora accompagné de quatre cents hommes et cent chevaux qui franchissent le détroit de Gibraltar à bord de quatre navires affrétés par Julien[13], le gouverneur de Ceuta. Après avoir pillé les côtes autour d'Algésiras, ils retournent en Afrique au mois de juillet 710[13]. Satisfait du résultat, Musa profite des troubles qui occupent le roi Rodéric au nord pour envoyer Tariq ibn Ziyâd, général de son avant-garde, avec 7 000 hommes. N'ayant que les quatre navires offerts par Julien, Tarîq réunit ses troupes sur la montagne qui porte aujourd'hui son nom, Gibraltar[14]. Immédiatement alerté, Rodéric se met en marche contre Tarîq avec une grande armée. Ne pouvant évacuer ses troupes avant l'arrivée des wisigoths, le général musulman opte pour l'affrontement direct et demande même à Musa l'envoi de renforts qui lui offre 5 000 combattants berbères, si bien que les forces musulmanes s’élèvent à 12 000 hommes, très peu comparé aux armées de Rodéric dont on estime qu'elles étaient au nombre de 40 000[14]. Malgré ce net désavantage numérique, c'est la trahison au sein du camp wisigoth qui aidera les armées musulmanes.

Wittiza, le roi renversé par Rodéric

Rodéric avait contre lui un parti très puissant de nobles qui l'accusaient d'avoir usurpé le trône en assassinant son prédécesseur, Wittiza. Obligés de participer aux guerres de Rodéric, ces nobles n'en gardaient pas moins une haine envers leur roi. Pour l'anéantir, ils se mettent d'accord afin de le trahir durant la bataille avec les musulmans[15]. Cette trahison n'avait pas pour but de livrer l'Hispanie aux musulmans, car ces nobles pensaient que le but de Tarîq était uniquement de piller la région puis de repartir[15].

La bataille a lieu sur le rivage du Guadalete le 19 juillet 711. Les deux fils de Wittiza commandent les ailes de l'armée espagnole et finissent par trahir Rodéric qui gouverne le centre. Durant la bataille, il est probable que Rodéric perde la vie, ce qui laisse le pays sans chef[16]. Tarîq profite de cette situation et contrairement à ce que lui avait ordonné Mousâ mais aussi à ce que pensaient les nobles wisigoths, il marche en avant. L'avancement des troupes musulmanes est renforcé par le soutien qu'ils rencontrent au sein du petit peuple mais aussi des Juifs qui ont longtemps été opprimés[16],[17]. Après avoir conquis Ecija, Tarîq peut à présent envisager la prise de Tolède, la capitale, mais aussi Cordoue, Archidona et Elvira[16]. Archidona, abandonnée par sa population, est prise sans peine, Elvira quant à elle est confiée à des troupes juives et musulmanes, Cordoue est livrée à Tarîq par un berger qui lui indique une brèche d'où il peut facilement entrer avec ses troupes, et Tolède est conquise à la suite d'une trahison des Juifs de la cité. Le commandement de cette dernière est donné à un frère de Wittiza[18].

En Afrique, Musa qui avait pourtant ordonné à Tarîq d'y retourner après avoir pillé les côtes ibériques est mécontent. La popularité de son général l'agace et il décide donc de prendre part à la conquête de la péninsule. Au mois de juin 712, il passe donc le détroit de Gibraltar accompagné de 18 000 soldats arabes et prend Medina-Sidonia et Carmona[18] puis se met en route vers Tolède ou il rencontre Tarîq qui est fortement réprimandé pour sa conquête solitaire de la péninsule[19]. Le reste de l'Hispanie, sans chef à sa tête, se soumet rapidement à la conquête arabe.

Cathédrale de Cordoue dont les chefs musulmans achèteront la moitié aux chrétiens

Les premières années de la présence musulmane sont assez chaotiques mais très rapidement les dirigeants musulmans imposent l'ordre et la domination arabe est acceptée par le peuple qui a le droit de conserver ses lois et ses juges, mais voit aussi la nomination de gouverneurs et de comtes locaux[20]. Les serfs qui connaissaient l'exploitation des terres conservent leur rôle mais doivent reverser au propriétaire du terrain les quatre cinquième des récoltes et si les terres appartiennent à l'État ce n’est que trois-cinquième. La situation des Chrétiens est très variable selon les villes et les conditions lors de la signature du traité[21] mais en général ils conservent la plupart de leurs biens bien qu’ils doivent payer à l'État un impôt de 48 dirhams pour les riches, 24 pour la classe moyenne et de 12 dirhams pour ceux qui vivent d'un travail manuel. Les femmes, les enfants, les moines, les handicapés, les malades, les mendiants et les esclaves en sont toutefois exemptés[22]. Enfin, l'impôt est levé si la personne se convertit à l'islam[22].

L'arrivée des Arabes est considérée comme une source de liberté pour de nombreuses couches de la société. Durant les rois Wisigoths, le clergé et la noblesse disposaient de nombreux privilèges comme la possession de vastes étendues de terres en partie inexploitées[23]. Lorsqu'une ville capitulait pacifiquement comme à Mérida, Beja ou encore Évora, les nobles wisigoths pouvaient conserver leurs terres, si bien que certains documents attestent de la présence de très riches propriétaires terriens wisigoths jusqu'aux XIIe siècle et l'Église elle aussi pouvait conserver ses terres[24]. En revanche si comme à Séville, la ville s'était révoltée à l'arrivée musulmane, les Arabes divisaient les terrains des nobles et les réattribuaient à un grand nombre de personnes comme aux serfs, favorisant ainsi les petites propriétés. Ces derniers, opprimés durant le règne des rois wisigoths, jouissent d'une certaine indépendance dans l'exploitation de ces terres dans la mesure où leurs nouveaux maîtres sont de piètres agriculteurs et donc laissaient leurs subordonnés cultiver comme ils le souhaitaient. Le morcellement des terres ayant appartenu aux nobles Wisigoths a pour conséquence d'améliorer la culture et le rendement des exploitations[23]. Quant aux esclaves, il leur était extrêmement facile de recouvrer la liberté puisqu'il leur suffisait de se présenter devant les autorités et de prononcer la profession de foi musulmane, ils étaient immédiatement affranchis selon la loi islamique. Ces nouvelles lois ont pour conséquence la conversion de nombreux serfs et esclaves[25],[23]. Pour les plus hautes couches de la société, la conversion permet de ne plus payer l'impôt prévu pour les non-musulmans[26].

L'arrivée des Musulmans apporte aussi son lot de difficultés et de maux. Bien que le culte chrétien soit libre, l'Église est sous l'autorité musulmane et juive qui préside les réunions. Les sultans nomment les évêques et les traités signés entre Musulmans et Chrétiens s'estompent au fil des décennies. En 784, soit près de soixante-dix ans après l'arrivée des Arabes dans la péninsule, Abd al-Rahman Ier impose aux Chrétiens la vente de la moitié de la cathédrale de Cordoue pour cent mille dinars, il viole aussi le traité qu'avaient signé ses prédécesseurs en confisquant les terres d'Ardabast, descendant de Wittiza, uniquement parce qu’il trouve qu'un Chrétien ne peut avoir de terres aussi vastes[27]. Enfin, afin d'accélérer le processus de conversion, les impôts que doivent payer les non-musulmans augmentent[28].

En 714, Târiq et Musa sont appelés à Damas pour enquête. Le nouvel émir al-Hurr poursuit de 716 à 719 la conquête et parvient jusqu'aux Pyrénées, détruisant Tarragone et occupant Barcelone. Ses successeurs iront même au-delà des Pyrénées, vers la Septimanie wisigothique, d'où ils lanceront des expéditions vers le nord.

En 719, la Septimanie est conquise et Narbonne devient sous le nom d'Arbûna le siège d'un wali pendant quarante ans, la capitale d'une des cinq provinces d'al-Andalus, aux côtés de Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse. Les Musulmans laissèrent aux anciens habitants, chrétiens et juifs, la liberté de pratiquer leur religion moyennant tribut[29]. En 759, Narbonne est reprise par Pépin le Bref et les Musulmans chassés de la Gaule.

L'arrêt de la conquête musulmane en Occident s'explique certes par la contre-attaque des Francs[réf. nécessaire], mais surtout par l'insurrection berbère au Maghreb, appuyée sur le kharidjisme (740). Les Berbères d'Espagne se soulèvent eux aussi, formant plusieurs colonnes qui menacent Cordoue et Tolède. Face à ce péril, les Arabes, peu nombreux, ne sont pas unis : une opposition traditionnelle existe entre Kaisites (bédouins nomades de l'Arabie du nord et du centre) et Kalbites (cultivateurs sédentaires originaires du Yémen). La révolte berbère est malgré tout matée par le Kaisite Baldj, avec quelques milliers de Syriens qui avaient été évacués de Ceuta assiégée, et qui restèrent finalement en Espagne.

Par ailleurs, des nobles wisigoths se réfugient dans les zones montagneuses du nord-ouest de la péninsule (dans l'actuelle région des Asturies). Vaste, montagneuse et pauvre cette région est difficile d'accès. Or, les Arabes sont désireux de se concentrer sur la riche vallée du Rhône ou l'Aquitaine[30]. En raison d'un manque de soldats, ils n'ont ni le souhait ni la capacité de se lancer dans une longue guerre contre cette poignée de fuyards trop faibles pour les menacer. Ignorée par les émirs andalous, cette communauté se développera et initiera ultérieurement, la Reconquista. Une frontière tacite au nord l'Èbre et du Douro donne naissance à un no man's land émaillé de citadelles et de châteaux, berceau de la future Castille (le pays des châteaux)[31].

Les troubles internes[modifier | modifier le code]

À partir de 720, les conflits internes s'aggravent alors que la tendance Kaisite l'emporte. Durant cette période de confusion le pays voit de 711 à 726 la succession de 21 gouverneurs qui prennent de plus en plus d'indépendance par rapport au califat de Damas[17]. Le premier gouverneur, Ayyub, désigné probablement par le camp berbère après de difficiles tractations avec les arabes, est un homme pieux et sans grande autorité. Le nouveau gouverneur prend la décision de déplacer la capitale du pays de Séville à Cordoue afin de satisfaire les populations berbères nombreuses dans la ville[32]. Cette décision est d'autant plus notable qu'il ne demande la permission ni à Suleiman gouverneur d'Afrique ni encore moins au calife de Damas, signe de la volonté d'émancipation de la péninsule[32]. Les impôts et le tribut ne sont plus envoyés à Damas, et bien que lent à réagir, Suleiman gouverneur d'Afrique décide d'envoyer de nouveaux gouverneurs dont l'un nommé Sahm parviendra partiellement à réconcilier les différents clans.

En 739, une grande révolte des Berbères éclate dans le Maghreb occidental et se répercute en Espagne. D'abord victorieux à Cordoue, ils seront vaincus et doivent quitter pour certains la péninsule. La guerre civile perdurera pendant une quinzaine d'années.

Le renversement des Omeyyades par les Abbassides a pour conséquence l'émancipation de l'Espagne : Abd al-Rahmân, petit-fils du dernier calife omeyyade, se réfugie en Afrique du Nord, parmi les tribus berbères dont sa mère est issue. Son affranchi Badr lui ayant obtenu le ralliement des Syriens et d'une partie des Kalbites d'Espagne, il passe dans ce pays et s'empare de Cordoue en 756, où il se proclame émir.

La traversée des Pyrénées et la conquête de la Septimanie[modifier | modifier le code]

Au VIIIe siècle les premiers Musulmans arrivent en France et s'installent dans les environs de Toulouse. Narbonne, dominée par les Wisigoths, a une population romanisée héritière directe de l’Empire romain d'Occident. La ville dispose toujours des murailles héritées de l'époque romaine, chantées par l'évêque Sidoine Apollinaire en 465 et dont des fragments sont toujours visibles dans la ville et au musée lapidaire. Selon une histoire locale connue des Narbonnais, les Sarrasins seraient entrés dans la ville par surprise, à l'automne 719 ou 720, en profitant de l'ouverture des portes en cette période de vendanges. Cette hypothèse explique pourquoi la ville fut si facilement conquise, en dépit de ses ouvrages défensifs, et fut si longue à reprendre. L’incertitude quant à la date exacte de la prise de la ville est un élément de plus qui laisse à penser à une prise des fortifications de la ville plus que de la ville elle-même, qui semble avoir été épargnée à l’exception de ses défenseurs. Le chef musulman, al-Samh, troisième gouverneur d'Espagne fait mettre à mort les hommes ayant tenté de défendre la cité, déporter leurs femmes et enfants en Espagne et installe une garnison. La ville est le siège d'un wali. Les Musulmans imposent aux habitants, chrétiens et juifs, le statut de dhimmi qui les autorise à pratiquer leur religion d’une manière strictement encadrée et leur impose de payer un tribut[17] : ils deviennent des citoyens de condition inférieure.

En 721, les Arabes sont défaits par Eudes d'Aquitaine à la bataille de Toulouse dans laquelle Al-Samh trouve la mort et l'armée musulmane bat en retraite. Ambiza succède à Al-Samh. En 725, Carcassonne et Nîmes sont prises, puis les Sarrasins commencent à remonter le Rhône. Les Arabes pénètrent à Avignon et arrivent aux portes de Lyon. Ils traversent la Bourgogne où ils assiègent Autun le 22 août 725 et pillent Luxeuil[33]. Ambiza trouve la mort en 726.

En 732, Abd al-Rahmân ibn Abd Allah al-Ghâfiki est d'abord victorieux face à Eudes d'Aquitaine à la Bataille de Bordeaux mais il est ensuite défait par Charles Martel à la bataille de Poitiers.

En 735 avec l'aide de Mauronte, duc de Marseille, Arles est conquise. Il est difficile d'apprécier l'importance du peuplement musulman au nord des Pyrénées. Les Musulmans se sont-ils établis comme en Andalus, avec un véritable projet de peuplement ou bien leur présence s'est-elle limitée au stationnement de contingents militaires dans les principales villes ? L'historien Paul Diacre (VIIIe siècle) indique que les Sarrasins « ont pénétré dans la province Aquitaine de Gaule accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, comme pour l'habiter », mais les villes prises n’ont été occupées que quelques années et leurs environs ne semblent pas avoir connu de foyer de peuplement majeur. D’autre part, il n'existe aucun vestige archéologique de présence musulmane durable et significative à Narbonne, ni dans les environs, en dépit d'une discussion sur la présence éventuelle d'une mosquée dans un atrium de la ville, ce qui serait un endroit bien singulier. De cette courte période, il ne reste aujourd'hui que peu de traces qui se résument à quelques pièces de monnaie éparses.

Du point de vue du califat de Bagdad, la province de Narbonne n'avait qu'une faible importance, l'ancienne Gaule et l'Europe en général étant secondaires comparées aux richesses de l'Inde et de la Chine. Toutefois les historiens sont partagés sur le but réel de cette avancée en territoire franc. Colonie de peuplement ou simple razzia hors d'Espagne ? Les raids, les pillages d'églises et de monastères pourraient laisser penser à une entreprise de pillage sans aucun but que celui d'amasser le maximum de richesses. Mais d'un autre point de vue, cette technique de harcèlement permettait d'affaiblir une région en vue de la conquérir plus facilement par la suite.

En 737, après le succès obtenu à la bataille d'Avignon, Charles Martel entreprend le siège de Narbonne et remporte la bataille de la Berre, après laquelle la garnison arabe de Narbonne subsistera à l’abri des importants ouvrages défensifs de la ville mais son rôle de relais pour les expéditions et razzias ne sera plus significatif. En 759, à l’arrivée de Pépin le Bref dans la région, les habitants se soulèvent et les derniers Mauresques évacuent la ville définitivement[34]. Certainement, la résistance de la région de Narbonne et la bataille de la Berre ont porté le coup d’arrêt à l’expansion musulmane en Europe occidentale, ainsi que le note le géographe arabe Zuhrî, au XIIe siècle, à propos de sa visite de la ville : On y trouvait la statue sur laquelle était inscrit : « Demi tour, enfants d'Ismaël, ici est votre terme ! Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai ceci : si vous ne faites pas demi-tour, vous vous battrez les uns les autres jusqu'au jour de la Résurrection ».

L'émirat de Cordoue[modifier | modifier le code]

Règne d'Abd al-Rahman Ier, le fondateur de la dynastie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abd_al-Rahman_Ier.
Statue de Abd al-Rahman Ier. Almuñécar, Espagne.
Al-Andalus en 750 à la chute du califat Omeyyade de Damas

En 750 le califat omeyyade s'éteint avec la défaite de la bataille du Grand Zab et toute la famille est assassinée par les Abbassides, hormis Abd al-Rahman Ier. Après avoir franchi la Palestine, l'Égypte puis l'Afrique du Nord avec sans cesse la volonté d'arracher une terre où il peut gouverner, le dernier héritier omeyyade comprend qu'il lui est impossible d'affirmer son autorité au milieu de ces vastes étendues composées d'une grande multitude de populations et de tribus. Finalement, après maintes péripéties, il réalise que son unique issue serait d'atteindre la péninsule ibérique où la famille omeyyade compte encore beaucoup de partisans[35].

Au mois de juin 754, Badr un homme de confiance d'Abd Al-Rahman franchit le détroit de Gibraltar avec dans ses mains une lettre indiquant la volonté de ce dernier d'accéder au trône si la population andalouse l'accepte. La lettre est favorablement acceptée au sein de la noblesse andalouse qui y donne un avis positif mais préfère demander toutefois la permission du gouverneur Yusuf al-Fikri et de son subordonné Al-Sumayl[36]. Les deux hommes se disputent immédiatement à propos de cette lettre, Yusuf un homme faible de caractère accepte la proposition d'Abd Al-Rahman mais ce n'est pas le cas d'Al-Sumayl qui décide de prendre les armes. Les envoyés d'Abd Al-Rahman décident de se tourner vers les arabes d'origine yéménite adversaires d'Al-Sumayl. Fort du soutien de deux tribus arabes et doté d'une somme confortable Badr achète un bateau qui part immédiatement vers l'Afrique où l'attend le descendant omeyyade qui embarque pour Almuñécar (Al-Munakab) dans la province de Grenade à l'est de Malaga[36].

Roland jurant fidélité à Charlemagne

Pendant un moment, Abd al-Rahman se laissa conseiller par ses partisans, conscients des risques de son entreprise. Yusuf proposa à Abd al-Rahman une de ses filles en mariage ainsi que des terres. Ceci représentait moins que ce qu'il espérait obtenir mais il se serait résigné à s’en contenter si l'insolence d'un des messagers de Yusuf, un renégat espagnol, n'avait pas outré Obeidullah, un des chefs loyaux aux Omeyyades : il se gaussa de l'incapacité d'Obeidullah à bien écrire l'arabe. En réponse à la provocation, Obeidullah dégaina son épée.

Désormais appuyé par les Kalbites, en 756, Abd al-Rahman mena une campagne dans la vallée du Guadalquivir qui se termina le 16 mai par la déroute de Yusuf et sa fuite de Cordoue[37]. Les troupes d'Abd al-Rahman étaient faibles (Abd al-Rahman aurait été le seul à disposer d’un bon cheval de guerre) mais ayant lui-même une mère berbère issu d'une tribu originaire du Maroc actuel (de la tribu dite Nafza plus exactement[38]) [35] il s'intègre facilement et arrive à enrôler de nombreux soldats arabes et berbères au sein de son armée. N'ayant pas de bannière, ils en improvisèrent une avec un turban et une lance. Ce signe devait devenir le symbole des Omeyyades d'Espagne. En juillet, Abd al-Rahman officialisa son alliance avec les Kalbites. Un mois plus tard, il devint mâlik (roi) et émir d'al-Andalus marquant ainsi la scission avec les Abbassides d'Irak et faisant de son pays la première région à se détacher du califat de Bagdad ce qui ne manque pas d'inquiéter ces derniers qui craignent que d'autres gouverneurs prennent exemple sur Abd Al-Rahman pour proclamer leur indépendance[39].

Le long règne d'Abd al-Rahman fut principalement marqué par de nombreuses mises à l'ordre des Arabes et des Berbères pour les rallier sous un même mandat. En 759, il mate une rébellion fomentée par l'ancien Émir qui se termina par l'exécution de ce dernier. En 763, il doit affronter dans sa propre ville des partisans à la solde des Abbassides. Cette révolte menée par un certain Al-Ala Mughit Al-Yahsubi qui lève l'étendard noir des Abbassides prend rapidement de l'ampleur; après une vigoureuse attaque, Abd Al-Rahman parvient à les vaincre et fait couper, saler et tremper dans la naphtaline la tête des meneurs, avant de les faire envoyer au califat d'Orient en guise d'avertissement[40],[39]. En 777, Ibn Arabi, gouverneur de Saragosse désireux de prendre son indépendance traverse les Pyrénées et demande l'aide du roi franc Charlemagne et dès 778 une grande armée se met en route vers la Catalogne. La menace pour Abd Al-Rahman était de taille mais une révolte des Saxons au nord qui sont parvenues au Rhin et menaçaient Cologne obligea Charlemagne à retirer son armée[41]. C'est durant le voyage du retour que Charlemagne et ses hommes sont attaqués à Roncevaux par les Vascons et où Roland, héros d'une des plus célèbres chansons de geste et duc de la marche de Bretagne, meurt[42].

Dans ses dernières années, Abd al-Rahman dut également déjouer et réprimer brutalement une succession de complots dans son palais, permettant de poser solidement les bases de la dynastie qui assura le contrôle de l'Espagne aux Omeyyades jusqu'en 1031. Il fit également construire la mosquée de Cordoue qui fut achevée peu avant sa mort. Le génie d'Abd Al-Rahman est certainement d'avoir posé les bases d'un nouvel état inspiré du modèle de Damas, chose que ses prédécesseurs n'avaient pas pensé faire. Se plaçant comme émir ou roi (malik), jamais Abd Al-Rahman ni ses descendants jusqu'à Abd Al-Rahman III n'oseront prendre le titre de calife (khalifat Al-Rasul)[43]. L'émir gouverne le pays et nomme les chefs des armées, les juges et les hauts-fonctionnaires. C'est à lui que revient la charge de prendre les décisions importantes et ordonne à ses fils de mener les campagnes militaires. Durant la fin de sa vie il s’attellera à construire à Cordoue une mosquée que ses descendants agrandiront et amélioreront sans cesse. Il divise le pays en province avec à leur tête un wali et la province la plus importante étant celle de Cordoue[44].

Hicham Ier[modifier | modifier le code]

À la fin de sa vie Abd Al-Rahman décide de mener une enquête discrète pour déterminer qui de ses deux fils, Suleiman ou Hicham, pourra gouverner le pays[45]. Blond aux yeux bleus né après l'arrivée de son père dans la péninsule, Hicham est un homme pieux et cultivé qui s'entoure de savants et de poètes contrairement à son frère Suleiman qui préfère les plaisirs mondains[45].

À la mort d'Abd Al-Rahman c'est donc son fils Hicham Ier alors âgé de 30 ans qui monte sur le trône[45]. Furieux, son frère Suleiman décide de prendre les armes et part de Tolède. La bataille entre les deux frères a lieu à Jaén où Suleiman est battu, il sera chassé du pays et expulsé vers l'Afrique du Nord où on n'entendra plus parler de lui[46].

Hicham Ier poursuivra l'œuvre de son père, et mis à part des révoltes mineures dans la région de Tortosa et Saragosse le règne du nouveau calife est paisible. Il se caractérise par sa piété, s'habillant d'une extrême simplicité. Il parcourait les rues de Cordoue afin de rendre visite aux pauvres et aux malades, distribuait la monnaie aux voyageurs et demandait à son peuple de faire de même[47]. La période de stabilité que connaît le pays permet à Hicham de lancer des attaques contre les royaumes chrétiens qui menaçaient les frontières de l'émirat. En 791 il attaque la Castille et les Asturies, en 793 il expulse les Francs de Gérone et de Narbonne, en 795 il s'empare d'Astorga dans les Asturies[48].

À la même époque vivait de l'autre côté du monde musulman, à Médine le juriste et fondateur de l'école qui porte son nom l'imam Mâlik ibn Anas. Lorsqu'on rapporte à ce dernier le comportement de l'émir omeyyade Hicham il ne tarit pas d'éloges envers ce dirigeant, voyant en lui l'idéal du gouverneur musulman face aux Abbassides qu'il considère comme des usurpateurs[49]. Bien que cela puisse paraître secondaire, de cette union entre les deux hommes va naître une lignée de juristes dont l'Espagne a grandement besoin. Hicham encourage vivement les échanges avec l'imam Mâlik et le malikisme devient la branche officielle de l'islam sunnite d'Al Andalus[50]. Au moment de la mort d'Hicham, d'illustres juristes comme le Berbère Yahiya ibn Yahiya, un des plus brillants élèves de l'imam Malik enseignent le droit en Espagne[51].

Al-Hakam Ier, le temps des révoltes et création d'une marche franque de Barcelone en 801[modifier | modifier le code]

C'est à Tolède en proie au désordre, qu'Al-Hakam donne un gouverneur latin.
Cordouans chassés d'Al-Andalus pour s'être révoltés contre le sultan, en partance pour la conquête de l'île de Crète.

En 796, Hicham Ier meurt à l'âge de trente-neuf ans et c'est son fils Al-Hakam qui est choisi. Son règne est marqué par une flambée de violence intérieure et extérieure. L'année de son arrivée au pouvoir, Alphonse II des Asturies, un oncle de Hakam ainsi que le gouverneur de Barcelone rencontrent Charlemagne et lui proposent d'entreprendre une action au-delà des Pyrénées. Se souvenant du terrible échec qu'il avait subi au temps d'Abd Al-Rahman Ier, Charlemagne hésite mais finalement en 798 son fils Louis le Pieux décide d'entreprendre une guerre en Andalus. En 801 Charlemagne créée la Marche franque de Barcelone, qui défend son empire et commence réellement la Reconquista. Inquiet des contacts directs de Charlemagne avec Bagdad, l'émir Al-Hakam se résigne à cette situation et accepte de signer avec l'empereur franc des traités entérinant la frontière sur l'Èbre entre 810 et 812[52]. Moins de cinq ans après son arrivée sur le trône, Al-Hakam assiste donc impuissant à la perte de Barcelone trop occupé à mater les rébellions internes[53] comme avec les Banu Qasi qui dominaient la vallée de l'Èbre, mais aussi avec des bandits berbères habitant les montagnes et ne descendant que pour piller les villages des alentours. L'armée d'Al-Hakam, incapable de les arrêter car encore trop peu nombreuse, était constituée de nombreux mamelouks (soldats esclaves), éléments chrétiens et notamment slaves, regroupés sous le nom générique d'Esclavons, dont Al-Hakam en fait sa garde personnelle[54].

De plus des groupes religieux qui se permettaient de donner leurs avis et même de critiquer le nouveau sultan Al-Hakam Ier qu'ils ne considéraient pas assez pieux, se forment en une véritable caste au sein de l'État. Ils comploteront même contre leur dirigeant en souhaitant le remplacer par son cousin Ibn-Châmmas, mais ce dernier fidèle au sultan l'avertit du complot et une partie des meneurs sont exécutés[55]. Al-Hakam qui durant sa jeunesse était connu pour sa gaieté et son souhait de continuer sur la voie tracée par son père se transforme au fil des révoltes en personnage aigri, déçu par le comportement de ses sujets dont il n'hésitera pas à décapiter les éléments les plus turbulents[56]. Afin de pallier son manque de soldats, Al-Hakam s'engage dans la voie de la terreur.

C'est sous le règne d'Al-Hakam Ier que les Îles Baléares sont conquises et resteront musulmanes jusqu'au milieu du XIIIe siècle

Dans le même temps Al-Hakam jouera l'apaisement en donnant aux villes en majorité espagnole, des gouverneurs issus de leur peuple, comme Amrous gouverneur de Tolède. Malgré tout, les notables de la ville trahiront l'émir. La réaction est immédiate, Al-Hakam envoie son fils Abd Al-Rahman exécuter les meneurs lors de la journée appelée Journée de la Fosse, la terreur de ce massacre calme toutes les rébellions dans le pays durant une décennie[57]. Le calme n'est toutefois qu'apparent car dans le secret les comploteurs continuent à vouloir la chute du sultan. Le nom d'Al-Hakam est insulté dans les rues et les mosquées de Cordoue, en réponse celui-ci n'hésite pas à exécuter les meneurs et à engager de plus en plus de soldats africains qu'on dénommait les muets car ils ne connaissaient pas la langue arabe et donc étaient d'autant plus redoutables. Toutes ces mesures au lieu d'effrayer la population la rend de plus en plus rebelle[58],[59].

Le pays est au bord de la guerre civile, et la tension atteint son paroxysme au mois de mai 814, lorsqu'un des soldats du sultan assassine un artisan de Cordoue qui ne voulait pas lui obéir, spontanément une foule en colère se regroupe autour du palais. Le sultan et ses hommes prennent conscience qu'ils n'ont aucune chance face à la population et tout le monde s'apprête à être tué dans la journée. Al-Hakam demande même d'assassiner immédiatement les prisonniers qui avaient mené les révoltes précédentes afin qu'ils ne lui survivent pas[60]. Avant de s'avouer vaincu, Al-Hakam décide de lancer une offensive de la dernière chance. Elle consiste à envoyer quelques cavaliers qui doivent se frayer un chemin dans la foule et atteindre les faubourgs de la ville afin d'incendier les maisons qui s'y trouvent, le but de l'opération est d'affoler la population qui en voyant ses demeures en feu abandonnera les armes pour aller éteindre les incendies. C'est à Obeid-Allah qu'incombe la tâche qu'il accomplit avec succès, il brûle les biens de la population qui rompt les rangs et ainsi desserre l'étau qui pèse sur Al-Hakam et son palais. L'armée du sultan sort et massacre une partie des protestataires[61]. Les autres se divisent en deux groupes, le premier composé d'environ 10 000 personnes et dirigé par Abu Hafs Omar ibn Suab partent pour l'Égypte puis pour l'île de Crête où ils fondent leur propre dynastie[62],[63]. Le second groupe composé de 8 000 familles, s'installe en Afrique et plus précisément à Fès où le prince Idris Ier les accueille dans sa nouvelle capitale. Le sultan sort victorieux à l'issue de cette journée qu'on appelle la journée de la Révolte du Faubourg. Les religieux qui ont mené la révolte sont quant à eux sont pour la plupart graciés mais contraints à l'exil[64] bien que le sultan croit fermement être dans son bon droit s'il condamne à mort les meneurs de la révolte[65].

Le règne d'Al-Hakam consolide énormément le pouvoir de l'émir, et il laisse à son fils Abd al-Rahman II un état pacifié et stable, qui permet à ce dernier d'initier la civilisation andalouse. Lui-même n'était pas étranger aux arts, il invite à Cordoue le poète Ziriab, qui introduit en Al-Andalous de nombreuses pratiques orientales, dans les domaines des arts, des sciences et des cultures.

Abd Al-Rahman II, les débuts de l'âge d'or de l'émirat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abd al-Rahman II.
Cathédrale de Cordoue anciennement mosquée au temps des Omeyyades.
Les attaques des Vikings obligent Abd Al-Rahman II à construire un ensemble de tours et de forteresses opérationnelles un siècle après sa mort

Né à Tolède Abd Al-Rahman II monte sur le trône à l'âge de trente ans[66]. De sa vie privée il n'existe que peu de traces, il eut près de quatre-vingt-dix enfants issus de nombreuses concubines. Réservé et de caractère facile, il sort peu de son palais hormis pour la chasse[67]. Son accession au trône est d'autant plus acceptée qu'il allège les impôts, punit les hauts-fonctionnaires corrompus et lance un sérieux avertissement aux gouverneurs désireux de prendre leur indépendance que leur punition serait exemplaire. La population satisfaite du sentiment de justice ne se révoltera quasiment pas, hormis un soulèvement mineur à Tolède[68].

Pieux, Abd Al-Rahman II aime aussi les arts et les sciences, et se donne pour objectif de faire venir de Bagdad des artistes de la cour abbasside comme Ziriab, amenant son pays au premier rang européen en la matière. De nombreux Chrétiens se hissent à des rangs importants dans la société et fournissent des fonctionnaires très compétents. S'assimilant rapidement et impressionnés par le raffinement andalous, les Chrétiens se mettent à utiliser exclusivement la langue arabe tandis l'usage du latin se perd, ce qui ne manque pas de causer une amertume au sein de l'Église :

« Mes coreligionnaires, dit-il, aiment à lire les poèmes et les romans des Arabes; ils étudient les écrits des théologiens et des philosophes musulmans, non pour les réfuter, mais pour se former une diction arabe correcte et élégante. Où trouver aujourd'hui un laïque qui lise les commentaires latins sur les saintes Écritures? Qui d'entre eux étudie les Évangiles, les prophètes, les apôtres? Hélas! Tous les jeunes Chrétiens qui se font remarquer par leurs talents, ne connaissent que la langue et la littérature arabes ; ils lisent et étudient avec la plus grande ardeur les livres arabes; ils s'en forment à grands frais d'immenses bibliothèques, et proclament partout que cette littérature est admirable. Parlez leur, au contraire, de livres chrétiens : ils vous répondront avec mépris que ces livres-là sont indignes de leur attention. Quelle douleur ! Les Chrétiens ont oublié jusqu'à leur langue, et sur mille d'entre nous vous en trouverez à peine un seul qui sache écrire convenablement une lettre latine à un ami. Mais s'il s'agit d'écrire en arabe, vous trouverez une foule de personnes qui s'expriment dans cette langue avec la plus grande élégance, et vous verrez qu'elles composent des poèmes, préférables, sous le point de vue de l'art, à ceux des Arabes eux-mêmes[69] »

Cette amertume se transforme au sein de certains hommes d'Église en propagande mensongère afin de placer l'islam au même niveau qu'une religion païenne[70]. La haine que ressentent les prêtres n'est pas envers l'islam -dont ils ne connaissent que peu de choses bien qu'ils vivent en permanence avec des musulmans- mais plutôt envers les Arabes et surtout le peuple qui les brimait continuellement, eux qui à peine un siècle plus tôt formaient l'élite du pays du temps des rois wisigoths[71]. Le sentiment d'agression que ressentait les Chrétiens dans leur culture était d'autant plus fort qu'un certain engouement pour l'Orient Abbasside et sa culture s'emparait du pays, l'Andalousie tourne définitivement le dos à sa culture latine et wisigothe pour s'ouvrir à la pensée irakienne.

Abd Al-Rahman II quant à lui, est à la tête d'un pays riche et puissant. Lui-même est un monarque absolu dont le pouvoir est quasiment total sur l'Andalousie, hormis en ce qui concerne les questions religieuses qui étaient toujours sous l'autorité du grand cadi et du mufti. Les longues luttes entre les différents éléments de la société se sont apaisées et les gouverneurs autrefois si prompts à désobéir à l'émir sont surveillés de près. On y cultive pour la première fois l'asperge importée d'Orient, la culture oléicole est intense, les nouveaux systèmes d'irrigation permettent la fertilisation artificielle de terres totalement inexploitables jusque là, la culture en terrasse fait son apparition. Les bonnes années il était possible d'obtenir trois où quatre récoltes par an[72]. Abd Al-Rahman continue à réorganiser l'armée en suivant l'exemple de ses ancêtres; Aux groupes indisciplinés issus des différentes tribus auxquelles ils continuaient à obéir, il préfère des soldats de métier aux ordres d'un gouvernement central. Il achète de nombreux esclaves à l'étranger et surtout en Europe afin de les former aux métiers des armes, en échange de généreuses rétributions il exigeait de ces soldats un dévouement total. Les principaux fournisseurs en esclaves étaient les Vikings. De partenaires commerciaux, ces hommes du Nord deviennent la plus grande menace à laquelle doit faire face Abd Al-Rahman II[73].

Après avoir ravagé Nantes en 883 et Bordeaux, les drakkars vikings s'abattent sur Al-Andalus en longeant les côtes. Arrivés à Séville ils pillent la ville durant sept jours, tuent les hommes et capturent les femmes. Informé de la situation Abd Al-Rahman II envoie une importante armée qui stoppe les Vikings et les oblige à quitter l'Andalousie. Immédiatement l'émir lance un plan de construction d'un réseau de tours, de guets et de forteresses le long des côtes, et met aussi en place une véritable flotte de guerre. Le résultat répond aux attentes. Quelques années plus tard, un nouveau raid viking se solde par un échec. Toujours opérationnelles un siècle après sa mort, les défenses construites par Abd Al-Rahman II empêcheront les Vikings de débarquer en Andalousie malgré leurs tentatives désespérées d'y mettre un pied[74].

La fin de son règne est troublée par les intrigues à propos de sa succession. Il avait eu quarante-cinq fils, et les deux factions principales soutenaient respectivement Muhammad le fils aîné, et Abd-Allah le fils de Tarub, la favorite de l'émir. Les conflits allèrent jusqu'à une tentative d'empoisonnement de l'émir. Finalement en 852 à la mort d'Abd Al-Rahman II ce fut Mohammed qui lui succéda.

Muhammad Ier[modifier | modifier le code]

Badajoz ville fondée par Ibn Marwan
Ibn Marwan
C'est durant le règne de Muhammad Ier qu'est fondé Madrid, ici les vestiges de la muraille musulmane

Intronisé le soir même de la mort de son père, le nouveau sultan ne ressemble pas à son père : d'une personnalité froide, il est, comme le craignaient les eunuques lors de son élection, un personnage plutôt intolérant envers ses sujets chrétiens, dont il ordonnera la destruction de plusieurs églises.

Le nouvel émir Muhammed doit rapidement faire face à une insurrection. Les royaumes chrétiens du nord de la péninsule, apprenant la nouvelle de la mort d'Abd Al-Rahman II, décident de prendre les armes à Tolède. Muhammed, sentant que la menace est aux portes de la capitale, envoie toute son armée afin de mater la rébellion. Les Chrétiens, avec à leur tête le comte Gaton de Bierzo, aidés par le roi Ordoño Ier d'Oviedo, préparent aussi leur armée qui se retranche dans Tolède. Muhammad, comprenant qu'il ne peut prendre la ville par la force, décide de la prendre par la ruse. Il ordonne à une partie de ses hommes de se cacher derrière les rochers et avec une faible troupe, il s'avance lui-même devant les remparts de la cité. Les Tolédans, étonnés par l'audace et ne se doutant de rien, tentent une sortie menée par Gaton qui décide de poursuivre Muhammad et ses hommes qui simulent la fuite. Arrivés auprès de son armée qui est restée cachée, l'émir ordonne le massacre de Gaton et de ses huit mille hommes qui sont cernés de toutes parts par les troupes musulmanes[75]. Malgré le fait qu'il n'ait pu reprendre Tolède, Muhammad est satisfait car Cordoue n'est plus menacée, mais ce n'est pas pour autant que les harcèlements envers les Chrétiens de Cordoue cessent dans la mesure où le sultan augmente l'impôt dont ils doivent s’acquitter[76]. Les Tolédans défaits se précipitent à Cordoue pour demander la clémence de l'émir qui la leur accorde mais dix ans plus tard, ils se révoltent de nouveau[77].

Le règne de Muhammed est aussi marqué par la révolte des populations wisigothes converties récemment à l'islam, où muwallad. Beaucoup considèrent que l'attitude de la noblesse arabe à leur encontre est contraire à l'islam et notamment en ce qui concerne l'égalité des droits. À la fin du IXe siècle un dénommé Ibn Marwan, descendant d'une famille de muwallad se révolte contre l'autorité arabe et berbère. Muhammed envoie son fils Al-Mundhir et un de ses ministres dénommé Hâshim[78]. À la suite d'une erreur de stratégie, les hommes du sultan sont massacrés et Hâshim est fait prisonnier, ce qui permet à Ibn Marwan de négocier à son avantage un traité humiliant pour le sultan. L'accord prévoit qu'Ibn Marwan fonde sa propre ville nommée Badajoz[79] ayant une large autonomie vis-à-vis du sultan. Cette marque de faiblesse discrédite encore plus le sultan face à une population de plus en plus insoumise. La guerre menée par Ibn Marwan ou par les autres muwalladun permet paradoxalement d'unifier le pays et d’accélérer le processus de conversion parmi les latins car cette lutte n'était nullement un rejet de l'islam ni même de l'autorité de l'émir mais uniquement une demande de reconnaissance de la composante wisigothe au sein de la population andalouse. Ibn Marwân comme de nombreux nobles wisigoths musulmans deviennent même des personnages clefs dans la défense du pays face aux invasions chrétiennes. Ainsi, en 875 la fondation de Badajoz dans l'actuelle Estrémadure permet à cette région faiblement peuplée de devenir un point stratégique pour les émirs andalous[80].

La dernière grande révolte à laquelle le sultan sera confronté est celle d'Omar Ben Hafsun, un descendant de Chrétiens convertis à l'islam. Il s'établira dans sa forteresse de Bobastro d'où il attaque la campagne environnante. Voyant qu'il est dans son intérêt de se soumettre au sultan, il conclut un pacte et s'engagea même dans l'armée. Il la quitte cependant rapidement et retourne à son état de brigand. Omar survivra au sultan Muhammad et c'est à son fils Al-Mundhir que revient la tâche de l'arrêter[81]. Le nouveau sultan est plus prudent et plus énergique que son père et en 888, il se lance avec son armée dans la pacification du territoire et décide d'attaquer Bobastro. Omar par une ruse se sauve de cette situation, quant à Mundhir il meurt durant le siège[82]. Le nouvel émir désigné est Abd Allah.

Abd Allah ben Muhammad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abd Allah ben Muhammad.
Territoires contrôlés par Omar Ibn Hafsun à l’apogée de son pouvoir

Abd Allah ben Muhammed a quarante-huit ans lorsqu'il accède au trône de son frère défunt[83]. Homme de taille moyenne aux yeux bleus et cheveux roux hérité de sa mère une princesse franque, il est cultivé et pieux. Omar, apprenant la mort de son ennemi, souhaite attaquer le convoi funèbre mais Abd Allah ben Muhammad lui demande de ne pas agir. Au contraire, il lui propose la paix, ce qu'il accepte et se soumet au nouveau sultan. Peu de temps, après il rompt cette alliance de nouveau et se relance dans sa vie de pillage. Quant à Abd Allah, son alliance avec les ennemis du pays lui vaut de nombreuses critiques au sein même de la noblesse arabe[84]. Quelques années plus tard, Abd Allah a l'occasion de vaincre définitivement son adversaire au pied de la forteresse de Polei. Disposant d'une armée composée de quatorze mille hommes, nettement moins nombreuse que celle d'Omar qui en avait deux fois plus, Abd Allah joue l'avenir de la dynastie omeyyade, car il est bien conscient qu'une défaite face à Omar lui serait fatale. La bataille qui au départ semble confuse au sein du clan omeyyade finit par tourner à leur avantage et Omar ainsi que ce qui reste de son armée prend la fuite[85]. Omar connaîtra encore quelques succès par la suite mais sa conversion au christianisme et sa défaite face à Abd Allah lui sont désastreuses. Il perd de nombreux éléments berbères de son armée et le soutien d'autres chefs rebelles musulmans et finit par mourir de maladie en 917.

Durant la fin du règne d'Abd Allah, le pouvoir du sultan est minime[86]. Le règne d'Abd Allah est marqué par les rivalités ethniques et de nombreuses révoltes qui l'obligent à se montrer intransigeant, mais étant trop faible son autorité baisse au fil des années. Ainsi, le gouverneur arabe de Séville Ibrahim Banu Hadjabj prend le titre de roi et son indépendance, qu’Abd-Allah est contraint de reconnaître bien qu'à la fin de sa vie il se soit de nouveau soumis à l'autorité de l'émir[87]. Cela permet à Abd Allah de reprendre de la vigueur et dès lors les dernières années de son règne connurent presque toutes des batailles victorieuses. En 903 son armée prit Jaén ; en 905 elle gagna la bataille du Guadalbollon sur Ibn-Hafçoun et Ibn-Mastana ; en 906 elle enleva Cafiete aux Beni-al-Khalî ; en 907 elle força Archidona à payer tribut ; en 909 elle arracha Luque à Ibn-Mastana ; en 910 elle prit Baëza[88]. Abd Allah meurt le 15 octobre 912 à l'âge de soixante-huit ans, son successeur est son petit-fils Abd al-Rahman III.

Le califat omeyyade de Cordoue (929-1031)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Califat de Cordoue.

Abd Al-Rahman III, fondateur du califat de Cordoue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abd al-Rahman III.
Abd al-Rahman III
La péninsule Ibérique de 925 à 929.

Orphelin dès sa jeunesse, Abd Al-Rahman qui est né en 891 est élevé par son aïeul, jusqu'à son accession au trône à l'âge 22 ans. Blond aux yeux bleus il est enfanté par une mère franque. Intelligent, tolérant et ambitieux son intronisation est bien acceptée et aucune contestation ne se fait entendre. Bien que poursuivant l'œuvre de pacification de son grand-père, il change radicalement de politique et souhaite se montrer plus ferme vis-à-vis des gouverneurs rebelles[89]. Il s'entoure d'hommes de confiance et contrairement à Abd Allah qui se satisfaisait d'un tribut annuel face aux gouverneurs de province dissidents, Abd Al-Rahman prévient qu'à présent, en cas de rébellion il n'hésitera pas reconquérir les terres perdues et à punir durement les meneurs. En contrepartie il annonce qu'il pardonnerait à toute personne se soumettant à son autorité[89]. Bien qu'en apparence terrifiante cette proposition est plutôt bien accueillie ; les années de guerre durant le règne d'Abd Allah ont épuisé les Andalous, les antagonismes nationaux se sont éteints avec la mort de leurs instigateurs et les nouvelles générations n'aspirent qu'à retrouver la paix.

Madinat Al-Zahra qu'Abd Al-Rahman III construira en l'honneur de sa favorite

Depuis la chute des Omeyyades à Damas, les émirs d'Al-Andalous ont laissé aux Abbassides de Bagdad le titre de calife, se contentant jusque là de celui de sultan, d'émir ou de fils des califes[90]. Mais à présent Abd Al-Rahman souhaite faire changer la situation. Les Abbassides, bien que souverains d'un gigantesque empire, ne dirigeaient pas plus loin que la région autour de Bagdad, les gouverneurs de province s'étant rendus quasiment indépendants vis-à-vis de leur calife. Plus aucune raison n'empêche les Omeyyades de reprendre la qualification qui était la leur deux siècles auparavant, d'autant plus qu'avec le titre de calife, Abd Al-Rahman est conscient du respect qu'il allait acquérir auprès des peuplades africaines. C'est chose faite dès le 16 janvier 929 lorsqu'il ordonne qu'on lui attribue le titre de calife, de commandeur des croyants et de défenseur de la foi an-nâcir lidîni'llâh[27].

Sur le plan intérieur Abd Al-Rahman qui à présent se fait appeler calife, est convaincu qu'en octroyant trop de pouvoirs envers la noblesse il encourage leur esprit de révolte. Par conséquent Abd Al-Rahmane concentre tous les pouvoirs (depuis 932 il n'a ni hadjib, ni premier ministre)[91] et tous les postes qu'il octroie sont attribués à des hommes de basse condition et notamment aux sujets esclavons dont le nombre est multiplié par cinq sous le règne d'Abd Al-Rahman. Cette politique ne manque pas de provoquer la colère des grands du califat[91]. Il transforme et embellit Cordoue et fixe sa résidence à Madinat al-Zahra, ville créée pour sa favorite Zahra à huit kilomètres de Cordoue. Il entretient de bons rapports avec les Juifs et les Chrétiens. Il a pour conseiller et ami Recemundo, évêque de Cordoue, « Rabbi ben Zaïd ». Le calife prend à cœur de convoquer lui-même les conciles. Son médecin est le Juif séfarade Hasdaï ibn Shaprut, à la fois philosophe et poète, puis diplomate du Calife.

Abd Al-Rahman III apporte de nombreuses modifications à la mosquée de Cordoue et notamment un minaret

En 932, il prend Tolède après un siège qui a infligé une terrible famine aux habitants. Le califat entre alors dans une période de paix et de prospérité.

À partir de 950, il a autorité sur le Maghreb de Tanger à Alger et se heurte aux attaques des Fatimides. En 955, son envoyé Hasdaï ibn Shaprut obtient un accord de paix avec le roi Ordoño III des Asturies et le duc de Castille. Pour maintenir son prestige en Méditerranée et adoucir le sort des populations chrétiennes soumises (Roumis pour les Arabes, dérivé de Romaioi - Ρωμαιoι, de Romania - Ρωμανια, nom officiel et endonyme de l'empire byzantin), l'empereur de Constantinople, Romain Ier envoie bibliothèques, traducteurs, artisans et architectes à Hasdaï ibn Shaprut[92]. Les sciences, l'art, le commerce, l'agriculture florissaient alors, et Cordoue qui possédait trois mille mosquées, trois cent bains publics et vingt-huit faubourgs, comptait probablement près d'un million d'habitants, soit une des plus grandes villes du monde avec Constantinople et Bagdad. La capitale andalouse avait une réputation solide jusqu'en Germanie où la religieuse saxonne Hrotsvita de Gandersheim l'appelait "l'ornement du monde"[93]. Durant son règne, Abd Al-Rahman III fait construire le palais de Madinat al-Zahra, ce qui durera seize ans et absorbera près du tiers du budget de l'État. Ce palais qui deviendra une ville avec ses mosquées, habitations, jardins et commerces sera bâti par les meilleurs ouvriers en provenance de l'Orient et de Byzance, et les marbres en provenance de Carthage[94]. En outre, Abd Al-Rahman III rénove la Grande Mosquée de Cordoue (reconstruction du minaret, notamment). Sa cour accueille des intellectuels, des poètes, des musiciens et des artistes juifs, musulmans ou chrétiens.

À sa mort en 961, le Califat de Cordoue est à son apogée. De tous les gouverneurs d'Al-Andalus, Abd Al-Rahman est celui qui a le plus contribué à la puissance du pays. À son arrivée sur le trône, le pays est divisé, en proie à l'anarchie et aux mains des nobles. Sans cesse victime des attaques et des pillages des rois chrétiens au nord et menacé au sud par les fâtimides, Abd Al-Rahman a su surmonter toutes ces difficultés et donner une puissance jusque là inégalée à Al-Andalus. En 951, soit dix ans avant sa mort, le trésor national comptait plus de 20 millions de pièces d'or, soit trois fois plus que ses prédécesseurs et beaucoup de narrateurs arabes n'hésitaient pas à qualifier Abd Al-Rahman d'homme le plus riche du monde au côté du roi de Mésopotamie[95]. Les rois chrétiens du Nord totalement affaiblis viennent régler leurs querelles à Cordoue, comme Sanche le Gros accompagné de sa grand-mère.

En mer, le califat était tout aussi victorieux en tenant toutes les routes en Méditerranée. Son armée nombreuse et disciplinée tenait tête sur les fronts nord et sud, et tous les souverains souhaitaient obtenir une alliance avec Al Andalus et ses pirates pillant les côtes allant jusqu'en Islande amènent les richesses et les esclaves dont le nouveau califat a énormément besoin[96],[97].

En 961, Abd Al-Rahman III meurt en laissant à son successeur un pays pacifié et prospère.

Al-Hakam II (915-976), le continuateur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Al-Hakam II.
Statue d'Al-Hakam II à Cordoue

Al-Hakam II (né le 13 janvier 915, mort le 16 octobre 976) est le second calife Omeyyade de Cordoue et le fils d'Abd Al-Rahman III succédant au trône à la mort de ce dernier en 961. Il développe l'agriculture en lançant des travaux permettant l'irrigation des terres et favorise l'économie en élargissant les routes et construisant des marchés.

Illustration du livre Kitab al-Aghani datant de 1216 qui contient une grande variété de chants et poèmes arabes

L'université de Cordoue, attirait des savants de tous les coins du monde. Al-Hakam II a créé une bibliothèque, symbole de cette culture andalouse, pluraliste, tolérante et universaliste, avec plus de 400 000 volumes[98] qui comprenaient toutes les branches du savoir. Elle avait en annexe un atelier de greffe avec des copistes, miniaturistes et des relieurs, et on connaît les noms des deux copistes les plus importantes : Lubna, la secrétaire Al-Hakam II, et Fatima. Selon des chroniqueurs, dans un seul faubourg de la ville, il pouvait y avoir quelque cent soixante-dix femmes consacrées à la copie des livres, ce qui donne une idée du niveau culturel à laquelle est arrivée la femme andalouse à cette époque. Il avait aussi des agents pour chercher et acheter des livres au Caire, à Bagdad, à Damas et à Alexandrie. Il subventionnait non seulement les auteurs et les étudiants d'Al-Andalus, mais ceux d’autres pays : quand il a su qu'Abū al-Faraǧ al-Is̩fahānī avait commencé son recueil anthologique de poésie et chansons arabes Kitab al-Aghani ("Livre des chansons"), il lui envoya mille monnaies d'or pour en avoir une copie. L'Isfahani lui a envoyé un exemplaire spécial, avec la généalogie des Omeyyades, car Al-Hakam II, qui a lu et annoté beaucoup des milliers de livres de sa bibliothèque, était un généalogiste renommé, le plus important qu'il y eut dans cette discipline, qui fait encore aujourd'hui autorité en la matière. Il s’est passé des siècles avant qu'une bibliothèque semblable à la sienne voit le jour en Espagne. Il était l’écrivain, le mécène et le protecteur des philosophes et des poètes, même les plus polémiques.

Tandis que la gestion des affaires intérieures est laissée à la charge du Berbère Al-Mushafi, c'est au général Ghâlib qu'incombe la tâche de défendre le pays. Ghâlib mène les batailles et en remporte de nombreuses dont la victoire contre les attaques normandes (966-971) mais aussi contre les Fatimides en Afrique du Nord. La défaite de ces derniers en 974 permet à Al-Hakam II d'étendre son influence sur l'Afrique et de sécuriser les routes commerciales d'Afrique centrale et d'Asie.

Mais le règne de ce calife, intelligent, érudit, sensible et extrêmement pieux, dure à peine 15 ans. Il commet l'erreur de ne pas nommer un successeur formé et efficace. Sentant peut-être sa fin proche - une attaque cérébrale en 975 l'a rendu hémiplégique - il s’est dépêché de nommer son fils, Hicham II, comme successeur. Ce dernier, étant mineur quand il accède au trône, s'est transformé en une marionnette utilisée par Al-Mansur et ses partisans.

Almanzor et la dictature amiride[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Almanzor.
Statue d'Almanzor à Calatañazor

Bien que le successeur d'Al-Hakam II soit Hicham II, c'est un autre personnage qui va prendre le pouvoir; Almanzor. Ibn `Âmir Al-Mansûr où Almanzor est né à Algésiras vers 937-938. Il est issu du côté paternel d'une famille arabe yéménite de juristes. Il est berbère de son côté maternel. Un de ses ancêtres a d'ailleurs participé en 711 à la conquête de l'Espagne sous les ordres de Tariq ibn Ziyad. Son grand-père maternel a été médecin et vizir. Il suit donc des études soignées et commence sa carrière comme écrivain public puis aide d'un greffier de justice.

Le 22 février 967 commence réellement son ascension politique : il est recommandé par son employeur au vizir al-Mushafî pour un poste d'intendant et choisi par Subh, la favorite vasconne du calife, pour gérer ses biens et ceux d'un garçon que lui a fait al-Hakam II. Soutenu par Subh, Muhammad va rapidement gravir les échelons du pouvoir. Au bout de dix années, il sera devenu l'homme de confiance du calife. En 973-974 il conduit une mission au Maghreb occidental, ce qui lui permet d'établir des liens avec les populations berbères. En février 976, al-Hakam II, très malade, désigne officiellement son fils Hicham comme successeur. Il n'a qu'une dizaine d'années quand son père meurt le 1er octobre.

Saint Jacques de Compostelle, pillée par Almanzor en 997

Encore allié à al-Mushafî, Muhammad déjoue immédiatement un complot esclavon contre Hicham qu'il fait introniser le 3 octobre. Mais bientôt, de concert avec son beau-père Ghâlib dont il vient d'épouser la fille Asma, il organise la chute de al-Mushafi qui est arrêté le 26 mars 978 et devient hâdjib, c'est-à-dire chef du gouvernement. Il a désormais les pleins pouvoirs, sauf celui d'être calife à la place du calife. Il parvient ensuite à vaincre les Arabes qui s’étaient rebellés après son coup de force en s’appuyant sur de nouveaux arrivants berbères. En 981, il se débarrasse de son beau-père à la bataille de San Vicente.

De 977, date de son premier exploit guerrier, à sa mort, Al Mansûr mènera une bonne cinquantaine d'expéditions militaires victorieuses au nom d'Allah. Il relance la guerre sainte (980) et est victorieux de son beau-père Ghâlib et des Chrétiens coalisés Ramire III de León, García Ier de Castille et Sanche II de Navarre) en 981. Rentré à Cordoue, il prend le titre d'al-Mansur ([le victorieux). Il lance des raids contre la Catalogne (Barcelone est détruite en 985) et contre les Asturies (987) où il prend Saint-Jacques-de-Compostelle dont le sanctuaire est rasé (997). Cette intolérance religieuse va avoir des conséquences funestes pour le califat de Cordoue: les réfugiés emmènent avec eux les connaissances techniques du califat et vont déclencher le rattrapage technologique de l'Occident chrétien. Les anciens états de la marche espagnole vont se muer en puissances pouvant rivaliser en tout point avec le califat. Profitant des désordres régnants en Andalousie ils vont mener la Reconquista.

À sa mort en 1002 dans la ville de Madinat-al-Salim (aujourd'hui Medinaceli), au retour d'une expédition à Calat-en-Nossor (aujourd'hui Calatañazor), ses fils Abd al-Malik et Sanchuelo lui succèdent jusqu'en 1009, quand commence la guerre civile qui aboutira à la disparition du califat en 1031.

La guerre civile[modifier | modifier le code]

Les causes[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la mort d'Al-Hakam II, en 976, le califat de Cordoue, fut un état puissant, respecté et craint des royaumes chrétiens. Son fils Hicham II était encore enfant, et le vizir Al-Mansûr prit le pouvoir et le conserva, faisant d'Hicham un prince fantoche. La force de l'État omeyyade reposait sur la cohabitation des différentes ethnies islamiques. Pour asseoir et conserver son pouvoir, Almanzor favorisa les Berbères, au détriment des autres. Il sut conserver son pouvoir et le transmettre à son fils Abd-el-Malik, mais le gouvernement de ce dernier fut secoué par de nombreux complots. Abd-el-Malik mourut en 1008, laissant le pouvoir à son frère Abd al-Rahman Sanjul, ou Abderramán Sanchuelo. Ce dernier persuada le calife Hicham II de le désigner comme héritier du califat.

La fin du califat de Cordoue en 1031[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre civile en al-Andalus.

Profitant de l'absence de Sanchuelo, parti combattre le roi Alphonse V de León, l'Omeyyade Muhammad II détrôna son cousin le calife Hicham II et se proclama calife (1009). Sanchuelo revint en hâte à Cordoue, mais le moral de son armée était au plus bas, et la plupart de ses soldats désertèrent, si bien qu'il fut facilement fait prisonnier à son arrivée à Cordoue et exécuté.

Muhammad se rendit rapidement impopulaire, et une opposition se forma autour d'un autre Omeyyade, Sulayman. Soutenu par les Berbères, il se révolta, chassa Muhammad et devint lui-même calife (1009). Ces luttes incitèrent les Hammudites, une famille possédant Malaga et Algésiras, à marcher sur Cordoue, où ils détrônèrent Sulayman pour se proclamer calife. Mais ils ne tardèrent pas à se déchirer entre eux, et perdirent le pouvoir en 1023. Les luttes sont essentiellement entre Berbères (amenés dans le pays par Almanzor) et Esclavons (amenés par Abd Al-Rahman III).

L'Omeyyade Abd al-Rahman V devint alors calife (1023), mais, pour remplir les caisses de l'État qui étaient vides, eut recours à l'impôt, qui pesa lourdement sur la population. Il fut renversé par une autre révolution (1024). Trois autres califes, deux omeyyades et un hammudite se succédèrent jusqu'en 1031, date où la bourgeoisie de Cordoue chassa le dernier omeyyade et abolit le califat.

L'époque des taïfas (1031-1086)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Époque des taïfas.
Carte historique de la péninsule Ibérique présentant l'époque des taïfas et les petits royaumes chrétiens émergents.

Durant tout le temps de la guerre civile, essentiellement concentrée à Cordoue, le reste de la péninsule est totalement abandonnée aux mains de chefs locaux. Au sud les Berbères et à l'est les Esclavons étaient les principaux dirigeants et enfin quelques nobles arabes qui sont parvenus à se préserver malgré les règnes de Abd Al-Rahman III et d'Almanzor[99]. Parmi toutes ces régions deux villes sortent du lot, c'est Cordoue et Séville qui avaient à leur tête un collège de notables.

Les hommes les plus puissants de l'époque sont alors les Hammudites qui prétendaient être à la tête du parti berbère mais qui en réalité ne contrôlaient que la ville de Malaga. À Badajoz, Carmona, Moron et Ronda régnaient d'autres chefs berbères. À l'est on trouve les chefs esclavons dont Khaîran prince d'Almeria et Modjéhid prince des Baléares et pirate[100].

À Cordoue c'est Ibn Djahwar, un chef esclavon, qui prend le pouvoir et permet à la ville d'atteindre la stabilité en empêchant les exactions berbères sur la ville. Il se caractérise par sa modestie de caractère et son refus d'acquérir plus de pouvoir que le sénat ne lui avait attribué. Il s'efforce aussi d'entretenir des relations amicales avec les autres états voisins si bien que la ville se repeupla et le commerce devint très florissant. Malgré tous les efforts, Cordoue ne parvient pas à atteindre le premier rang, titre raflé par Séville qui devient la ville la plus puissante de la péninsule.

Séville, nouvelle capitale[modifier | modifier le code]

Les murailles de Séville permettent à la ville de se préserver de la période trouble de la chute du califat

Alors que Cordoue s'enfonçait dans la guerre civile et les pillages, Séville, proche d'à peine une centaine de kilomètres parvient à se préserver des malheurs de la guerre. La population de la ville chasse les berbères et le pouvoir revient au sénat qui nomme un câdi, Abou al Kasim Mohammed[101]. Ce dernier, immensément riche mais nouvellement hissé au rang de noble sait qu'à la moindre erreur de sa part les autres notables de la ville le contesteront. Il entreprend plusieurs expéditions au sein des royaumes chrétiens du nord et parvient à conquérir plusieurs forteresses. Malgré sa puissance qui lui permet d'attaquer les royaumes voisins, Abou Al-Kasim sait pertinemment qu'il ne pourra jamais faire face à une attaque d'envergure et en 1027 ses doutes se confirment. Cette année, le calife Hammudite, à la tête d'une principauté berbère ainsi que Mohammed ibn-Abdallah, un autre chef berbère, assiègent Séville. Effrayés, les Sévillans entrent en négociation avec Yahya et acceptent de le reconnaître comme souverain à condition que ses soldats n'entrent pas dans la ville. Yahya accepte mais demande en échange que les nobles de la ville lui donnent en otage leurs fils qui seront exécutés à la moindre tromperie. Cette exigence consternant les notables, Abou al-Kasim Mohammed propose alors à Yahya de prendre uniquement son fils en otage. Grâce à cet acte, la popularité du câdi augmente et il peut à présent diriger la ville seul. Il parvient à prendre Béja, ville ravagée par la guerre entre arabes et rebelles puis par les berbères.

Le peuple quant à lui était nostalgique de la monarchie et regrettait le califat qui avait assuré la stabilité au pays. Bien que personne ne connaisse le sort du calife Hicham II, toute l'Andalousie continuait à espérer son retour. Selon certains, il se serait échappé de sa prison durant le règne de Soleiman et tenta de rejoindre la Mecque mais durant son voyage des pillards lui prirent toutes ses richesses, puis par la suite il devint potier et s'installa en Palestine où il exerça divers petits métiers. Selon d'autres, après plusieurs années à parcourir l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, il revint en Ibérie. Bien que la probabilité de véracité de ces histoires soit quasiment nulle, le peuple andalou aimait les raconter et espérer son retour.

Un homme du peuple, appelé Khalaf, habitant Calatrava et ayant une forte ressemblance avec l'ex-calife tente d'utiliser cette histoire pour sortir de sa misère. Il se fait passer pour Hicham II et très rapidement il parvient à constituer un groupe d'hommes prêts à le croire[102]. Il tente d'attaquer Tolède et malgré un terrible échec, son nom se fait connaître dans tout le pays et surtout à Séville ou le câdi comprend tout de suite l'intérêt à faire venir cet homme afin de chasser les Berbères, peu importe qu'il soit le vrai calife ou un usurpateur. Il invite Khalaf et annonce immédiatement aux autres princes le retour du calife et leur exige qu'on le reconnaisse comme souverain. Le succès est au rendez-vous et, hormis les Berbères de tout le pays, les princes, y compris les Esclavons, reconnaissaient l'autorité du calife[103]. Finalement en novembre 1035, Khalaf ou Hicham III comme il se faisait appeler est couronné. Yahya le chef du parti berbère furieux décide d'attaquer Séville en guise de vengeance, mais trahi par ses hommes, il est tué au cours d'une attaque nocturne menée par le fils du cadi de Séville. La nouvelle de la mort de Yahya est accueillie avec une grande joie à Séville et à Cordoue où le câdi souhaite à présent s'installer auprès du faux calife Hicham II, mais ce dernier ayant été démasqué par les cordouans il fut détrôné[104].

Dans chaque taïfa, les rois encouragent l'administration, l'économie et la culture. C'est une période de concurrence et d'entraînement mutuel. Au fur et à mesure, les taïfas les plus faibles sont absorbés par les autres. Les troubles facilitent la Reconquista par les rois chrétiens et les Berbères sont de nouveau appelés. Ils débarquent en 1086, dirigés par les Almoravides.

Les Almoravides[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Conquête almoravide d'Al-Andalus et Almoravides.
Expansion des Almoravides au Maghreb et al-Andalus.
Carte du monde d' Al Idrissi réalisée durant la domination Almoravide

Les Almoravides (en arabe Murabitun) sont une dynastie berbère originaire de l'embouchure du fleuve Sénégal et qui ont conquis le Maghreb au cours du XIe siècle sous l'autorité de Youssef Ibn Tachfin. D'obédience sunnite, ils sont plus rigoureux dans l'application des règles islamiques et suivent le rite Malékite.

Al-Andalus à la veille du débarquement Almoravide, perte de Tolède en 1085[modifier | modifier le code]

En 1126, Alphonse 1er le batailleur désireux probablement de peupler les territoires étendus conquis par les Chrétiens, mène une campagne victorieuse jusqu'aux portes de Grenade et Cordoue d'où il ramène plusieurs milliers de Mozarabes ralliés à sa cause. En représailles, de nombreux Mozarabes sont déportés au Maroc à la demande du qadi de Cordoue pour avoir soutenu la Reconquista[105].

Par ailleurs, totalement déchiré, en proie à la guerre entre taïfas, Al-Andalus ne ressemble plus du tout au pays qu'avait légué Abd Al-Rahman III à son fils Al-Hakam II. Les différents royaumes musulmans se guerroient, les taïfas les plus puissantes souhaitent annexer les plus faibles qui pour se défendre passent des alliances désavantageuses avec les rois chrétiens. Les conséquences se font immédiatement sentir, des villes puissantes comme Badajoz ou Séville payent à partir de la seconde moitié du XIe siècle un lourd tribut à Ferdinand Ier de León[106]. Bien qu'ennemis entre eux, les dirigeants des taïfas aux frontières nord s'inquiètent de la puissance chrétienne et ils décident finalement de faire appel aux Almoravides d'Afrique du Nord[107]. Parmi eux c'est certainement Mutamid, roi de Séville qui se démarque. À la tête d'une puissante et riche cité jadis, Mutamid est contraint par Ferdinand Ier puis par Alphonse VI de León à payer un très lourd tribu. Un épisode humiliant survient en 1082-1083 lorsque Alphonse VI envoie à Séville un Juif nommé Ben Shalib pour la collecte des taxes que Séville doit verser annuellement[106]. Les exigences de Ben Shalib sont tellement pesantes sur les finances du royaume que Mutamid décide de tricher en dégradant volontairement la qualité de l'or composant les pièces de monnaie. Ben Shalib remarque immédiatement la ruse et prévient que s'il n'obtient pas des pièces d'or pur il exigera en contrepartie plusieurs villes et forteresses du royaume de Séville. Mutamid fou de rage assassine Ben Shalib[106] ce qui ne manque pas de provoquer la colère d'Alphonse VI qui immédiatement monte une armée détruisant tout sur passage jusqu'à arriver aux portes de Séville[108]. Bien que la ville ait résisté aux assauts, l'avertissement est clair. En 1085, la Reconquista prend un tournant décisif, la taïfa de Tolède tombe sous l'épée d'Alphonse VI. La ville de Tolède, gouvernée par un certain Al-Qadir, tombe rapidement. Ce dernier, de caractère faible et incompétent préfère fuir à Valence plutôt que de défendre sa cité. S'en suivent la prise des villes de Huesca et de Lérida. Ces conquêtes encouragent Alphonse VI qui se lance dans une politique de pillage en engageant des mercenaires qui massacrent la population des environs de Séville[108]. Se faisant appeler roi des deux religions, Alphonse VI décide d'écrire une lettre d'un ton arrogant au roi de Séville, Mutamid, lui réclamant purement et simplement d'abandonner sa cité à l'instar du roi de Tolède :

« Mon attente ici (dans les environs de Séville) a déjà été trop longue, la chaleur et les mouches sont intolérables ; offrez-moi votre palais afin que je puisse me reposer à l'ombre de ses jardins et garder ces insectes loin de mon visage[108]. »

La réponse de Mutamid est immédiate puisqu'il écrira au dos de la lettre envoyée par Alphonse VI son intention de faire appel aux Almoravides :

« Nous avons lu votre lettre et compris son contenu arrogant et méprisant. Nous avons bien l'intention de vous fournir rapidement un endroit ombragé, à l'ombre des hamd (nom donné aux boucliers des combattants almoravides) [109] »

Appel d'Al Mutamid à Ibn Tachfin[modifier | modifier le code]

En effet, Mutamid le roi de Séville souhaite mettre à disposition des combattants almoravides et de leur chef Youssef Ibn Tachfin des navires afin de leur permettre la traversée de la Méditerranée. La nouvelle de l'arrivée éventuelle d'Ibn Tachfin est loin de contenter tous les rois de taïfas qui connaissent la force almoravide. Surmontant un temps leurs divisions, les rois des différentes taïfas organisent une rencontre avec le roi de Séville afin de le raisonner et éviter à Ibn Tachfin de débarquer sur la péninsule[109]. Lors de la rencontre Mutamid expose sa logique en faisant remarquer qu'il n'avait le choix qu'entre Alphonse et Ibn Tachfin. Bien que sceptiques, l'assemblée accepte la proposition de Mutamid et une lettre est officiellement envoyée à Ibn Tachfin lui demandant de venir aider le pays face à la conquête chrétienne [109]. Le débarquement almorravide sur la péninsule est fin prêt.

Les Almoravides connaissent bien Al-Andalus ; les villes du Maghreb y ont vues passer des générations de marchands andalous venant à Marrakech ou Fès y vendre le bois, les fruits et toutes sortes de biens dont le Maghreb manque, de même que de nombreux étudiants maghrébins vont en Al-Andalus y apprendre la théologie, la médecine ou les mathématiques. Bien qu'étant une personne simple, Youssef Ibn Tachfin connaît très bien le potentiel et les richesses dont regorge l'Andalousie, finalement, poussé par les théologiens qui arrivent à le convaincre sur l'importance de la défense de ce morceau de Dar Al-Islam, ' il accepte la demande des rois des taïfas. Il va même aller au-delà, puisqu'il réclame la rédaction d'une fatwa l'autorisant à annexer l'Andalousie et à combattre les émirs qui se sont alliés avec les princes chrétiens[110].

Du côté chrétien, Alphonse VI est en plein siège de Saragosse lorsque les rumeurs d'une arrivée des Almorravides lui parviennent. Il retourne immédiatement à Tolède et fait appel à toutes les forces du pays et même jusqu'en France. Décidé à continuer à se faire appeler "roi des deux religions", Alphonse VI écrit lui-même une lettre à Ibn Tachfin qui de nouveau sur un ton arrogant le met au défi d'envahir la péninsule[111]. Durant l'été 1086, les trois forces en présence négocient toutes l'arrivée d'Ibn Tachfin, les rois des taïfas souhaitent se placer sous la protection almorravide mais ne veulent pas voir leur titre remis en cause or Ibn Tachfin sait pertinemment qu'ils ne sont pas en position de négocier, son principal souci est l'affrontement avec Alphonse VI[112].

Les Almorravides en Al-Andalus[modifier | modifier le code]

L'armée almorravide, habituée à combattre des païens des coins reculés du Sahara ou des hérétiques, s'apprête à affronter pour la première fois une armée chrétienne, qui plus est en Europe. Afin de préparer la campagne, Ibn Tachfin fait appel à Abd Al-Rahman Ibn al-Aftas, un conseiller andalou qui le prévient que la marge de manœuvre sur la péninsule est très réduite. De son côté Al-Mutamid utilise cette période pour négocier à son avantage avec Alphonse VI en le menaçant de l'imminence de l'arrivée des Almorravides.

C'est à Ceuta qu'Ibn Tachfin réunit une gigantesque armée composée de soldats venus des quatre coins de l'empire almorravide, du Sahara, du Maghreb ainsi que des différentes tribus comme les Sanhadja[112]. À leur tête on trouve les plus prestigieux et loyaux chefs militaires que comptait l'empire. Finalement le 30 juillet 1086, l'armée almoravide passe le détroit sans difficulté et arrive sur la péninsule au petit matin. La conquête du pays est rapide; sur la trentaine de taïfas, moins d'une dizaine ont une réelle puissance militaire et une capacité de résistance. Les Almoravides vont s'employer à détrôner les petits émirs dont les taïfas disparaître une à une. L'arrivée des Almoravides est acclamée par la foule qui fatiguée de l'état de guerre permanent entre taïfas et furieuse de la fragilité d'Al-Andalus face aux rois chrétiens[113].

Youssef Ibn Tachfin est à présent le nouveau maître du pays. Son caractère profondément pieux et intransigeant a pour conséquence une application stricte de la loi islamique dans le pays. Le vin est par exemple banni. Mais c'est au niveau des relations avec les autres religions que le nouvel état est le plus dur. Les églises sont détruites et les Juifs condamnés à payer de lourdes taxes. Rapidement les Almoravides sont haïs par la population[114] à cause des hausses d'impôts mais aussi du comportement de leurs soldats, qui n'hésitaient à piller et à saccager ce que bon leur semble. La corruption de l'État prend des proportions alarmantes. Pire, non seulement les Almoravides n'avaient remporté aucune bataille décisive mais ils ne parviennent pas à reprendre des villes importantes comme Tolède. Tout au mieux ils ont freiné la Reconquista[115].

En 1121, le pays est en proie à la famine et une révolte éclate dans plusieurs villes mais elle écrasée dans le sang, notamment à Cordoue. Cela sonne la fin de la présence Almoravide sur la péninsule. Des chefs rebelles font appel aux Almohades d'Afrique du Nord qui venaient de conquérir le Maroc.

Les Almohades[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête almohade d'Al-Andalus.
La Giralda de Séville
Les royaumes chrétiens face à la conquête almohade (1210).

Les Almohades sont une dynastie berbère qui avait été fondée par Ibn Toumert. Son disciple Abd Al-Mumin prend la relève et profite du chaos en Andalousie pour attaquer les terres Almoravides en Afrique du Nord. Ali, émir Almoravide, décide de riposter mais meurt d'une chute de cheval lors d'une bataille près de Tlemcen, les Almohades encouragés par cette victoire prennent les villes une à une jusqu'à la chute de Marrakech au mois d'avril 1147. C'est le fils d'Abd Al-Mumin, Yakub Yusuf, qui prend la relève et décide de conquérir la péninsule[116]. Installés à Séville, ils lancent des attaques tous azimut, reprenant Valence aux Almoravides. Sous le règne de Yakub Yusuf on construit des ponts, des bains, des mosquées, la Giralda de Séville encore visible aujourd'hui est bâtie[117].

En 1176, des agitations au Maghreb obligent Yakub Yusuf à aller en personne les régler. Il y restera huit ans, années durant lesquels en Andalousie les gouverneurs décideront de reprendre leur indépendance et les rois chrétiens à attaquer le pays. De retour au pays, Yakub assiège Santarem mais meurt durant le combat et les Musulmans sont défaits. Le choc est grand en Andalousie. Le fils de Yakub Yusuf, Abou Yusuf Yacub prend le pouvoir après avoir été proclamé calife à Marrakech. Il a comme son père, la lourde tâche de défendre l'Andalousie et l'Afrique du Nord[118]. Il inflige de lourdes pertes aux rois chrétiens, Salamanque et Guadalajara sont reprises de même que Trujillo où Santa-Cruz, la bataille d'Al-Arak en 1195 est une totale défaite du camp chrétien, de plus Yakub se rapproche dangereusement de Tolède. La Reconquista entreprise quatre siècles plus tôt est à l'arrêt, mais c'est grâce à ces défaites que les rois chrétiens réalisent que leur unité est essentielle pour poursuivre leur reconquête du pays. Abou Yusuf Yacub est un administrateur de talent et sa cour est riche et il laisse à son fils Muhammad an-Nasir un pays débarrassé de la menace chrétienne. Les médiocres qualités de guerrier de Muhammad an-Nasir et l'appel à la croisade lancé dans le monde chrétien auront raison d'Al Andalus.

Les Almohades sont connus par la rigueur dont ils font preuve à l'égard des Chrétiens et des Juifs de leurs territoires, contraints de choisir entre la conversion, le départ ou la mort. Al Andalous se vide de ses minorités[119]

La bataille de Las Navas de Tolosa de 1212 et la poursuite de la Reconquista[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de Las Navas de Tolosa et Reconquista.
La grande victoire chrétienne lors de la bataille de Las Navas de Tolosa marque le déclin de la domination musulmane sur la péninsule

Les guerres entre Almoravides et Almohades sont une époque propice aux rois chrétiens pour entreprendre leur rêve de reconquête totale du pays, mais leurs désunions ne leur permettent pas de remporter de victoires significatives. Des révoltes en Afrique du Nord mais aussi dans les îles Baléares, où un descendant de la dynastie Almoravide appelle à la guerre contre les Almohades, permettront aux Chrétiens de retourner la situation. Le souverain Almohade, qui ne réalise pas à temps qu'une expédition chrétienne se prépare, décide d'aller mâter les rébellions. Du côté chrétien, la Reconquista prend une ampleur européenne puisque le pape appelle à la croisade et de nombreux chevaliers français, italiens ou anglais y répondent. Comprenant enfin le danger, Muhammad an-Nasir parvient lui aussi à recruter près de 300 000 hommes dans toute l'Afrique du Nord et espère réitérer l'exploit de son père à Al-Arak une vingtaine d'années plus tôt[120].

Les deux armées se rencontrent à Las Navas de Tolosa, au nord de l'actuelle ville de Linares le 14 juillet 1212 bien qu'au départ la situation semble favorable aux Almohades, très rapidement elle se retourne. La panique gagne le camp musulman et les soldats fuient le champ devant la puissance des attaques chrétiennes, le sort de la bataille est définitivement scellé lorsque Muhammad an-Nassir lui-même s'enfuit. La victoire du camp chrétien mené par Alphonse VIII de Castille est éclatante, les sources racontent que malgré 60 000 hommes et 2 000 chevaux, il n'y eut pas assez de bras pour transporter le butin et armes récoltées sur le champ de bataille. On dénombre près de 100 000 morts dans le camp musulman contre à peine quelques milliers du côté chrétien. Trois jours plus tard Alphonse fait massacrer toute la population de Baeza soit près de 60 000 personnes. Aux massacres s'ajoutent la fuite de dizaines de milliers de musulmans vers le Maroc actuel ce qui a pour conséquence l'abandon de vastes étendues de terres. Muhammad an-Nassir s'échappe à Marrakech où il abdique en faveur de son fils. La puissance Almohade brisée, des chefs locaux déclarent leur indépendance ce qui permet aux rois chrétiens de continuer à favoriser tantôt un camp, tantôt l'autre. En 1236 Cordoue, l'ancienne capitale musulmane, tombe dans des mains chrétiennes, Jaén et Valence suivent en 1238, puis c'est au tour de la puissante Séville d'être prise en 1248, Cadix en 1262, Carthagène en 1274[121]. La Reconquista occupe à présent plus de 90 % de la superficie de l'Espagne. Beaucoup de Musulmans fuient l'Espagne, préférant l'exil à la domination chrétienne[122] ou rejoignent le petit territoire du royaume de Grenade.

Bien que les traités conclus avec les nouveaux vainqueurs permettent aux Musulmans de continuer à pratiquer leur religion, ces engagements sont rapidement oubliés[123]. Dans les villes nouvellement conquises des colons venus de toute l'Europe[124] s'installent et exproprient les biens des musulmans[123] qui sont obligés de vivre dans des ghettos à l'extérieur des villes[124]. L'éloignement progressif de la menace musulmane change l'aspect des villes qui rasent les lourdes murailles pour faire place à des marchés et à la construction de nouveaux bâtiments, c'est le cas de Madrid qui pendant longtemps n'était qu'une forteresse censée protéger Tolède et se développe pour devenir la capitale d'un pays neuf[125].

Le royaume de Grenade (1238-1492)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume de Grenade.
L'Alhambra de Grenade, vue depuis le Mirador de San Nicolas, en haut du quartier de l'Albaicín
La reddition de Grenade par F. Pradilla y Ortiz, 1882. Muhammed XII de Grenade fait face aux rois catholiques Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille

Les gigantesques étendues de terres conquises posent de grands problèmes aux rois chrétiens qui doivent faire face à de graves troubles, internes. Le dépeuplement musulman de ces régions laisse en effet un vide qui ne peut être comblé facilement. En 1228, un noble nommé Ibn Hud arrache un bout de terre sur la côte Est autour de Grenade, mais son incompétence et sa tyrannie le rendent impopulaire jusqu'à ce qu'un autre noble, Mohammed ben Nazar se fasse proclamer sultan en 1232 et se soumette à Ferdinand de Castille, devenant son vassal. Rapidement tous les Musulmans du pays qui n'avaient pas émigré en Afrique du Nord voient en lui le dernier espoir de pouvoir rester sur la péninsule et Grenade devient leur refuge.

Sur le plan architectural, la ville est conduite à s'adapter à cette arrivée subite de population. L'Albaicín de Grenade est construite. Quant à Mohammed il se fait construire un palais qui deviendra par la suite l'Alhambra. Conscient du soutien que le peuple lui accorde, Mohammed sait aussi que les rois chrétiens rêvent de rayer de la carte ce dernier pays musulman dans la péninsule. Bien que vassal d'Alphonse X, il entrera souvent en conflit ce dernier car il rêve d'être l'instigateur d'une nouvelle Reconquista, musulmane cette fois-ci ; mais les richesses amassées par le camp chrétien rendent aléatoire tout espoir de victoire. Conscients de cela, les descendants de Mohammed se résigneront à ne lutter que pour défendre leur royaume même si ce petit pays parviendra de temps à autres à s'emparer d'une ou deux villes grâce à des batailles courageuses mais non concluantes sur la durée. Et finalement, deux siècles et demi plus tard, le 2 janvier 1492, le royaume de Grenade tombe, victime de querelles familiales au sein des Nasrides.

Révolte et expulsion des Morisques en 1609[modifier | modifier le code]

De nombreux mudéjares sont restés en Espagne après la fin du royaume de Grenade et priés de se convertir sous la pression de l'Inquisition (Torquémada). Mais leur conversion jugée apparente et leur refus de s'assimiler pour les Chrétiens aboutit à la coexistence de communautés séparées, ce qui déclenche une animosité de la population chrétienne. En 1525, Charles Quint promulgue l'unité religieuse de l'Espagne et l'expulsion des mudéjares, au nombre de 300 000, s'ils ne se font pas baptiser, ce qu'ils acceptent sauf des rebelles qui partent ou prennent le maquis.

Le sentiment se répand alors que les Morisques (Musulmans convertis de force au catholicisme) sont susceptibles d'aider les Barbaresques et qu'ils sont dangereux en espérant une revanche avec l'aide notamment des Ottomans. Par ailleurs ont lieu de nombreux soulèvements dès 1502 à Grenade, 1526 à Valence, dans les Alpujarras, une chaîne côtière, puis se déclenche la seconde guerre de Grenade. Les insurgés s'en prennent aux prêtres, aux nonnes, ils profanent les images saintes et tentent de faire la jonction avec des navires ottomans ou maghrébins qui débarquent des milliers de Musulmans et des armes, des arquebuses. De terribles combats se déroulent, il apparait que les Morisques soutiennent les insurgés qui mènent de dures batailles et prennent notamment une citadelle en entreprenant de vendre les femmes capturées comme esclaves au Maghreb. L'expulsion est décidée par Philippe III en août 1609 sous la pression des Chrétiens. 300 000 Morisques partent pour Oran et se dispersent ensuite.

Géographie[modifier | modifier le code]

La géographie d'Al-Andalus est très variable selon les époques. À l'arrivée arabo-berbère, le pays qui appartient aux Omeyyades de Damas s'étend sur les deux côtés des Pyrénées, jusque dans les environs de Narbonne et même au cours du IXe siècle au Fraxinet. La fin du califat au XIe siècle et la période des Taïfas permettent à la Reconquista de reprendre rapidement du terrain que seuls les Almoravides puis les Almohades arriveront à ralentir un certain temps, mais la bataille de Las Navas de Tolosa permet aux rois catholiques de réduire le pays à la seule région de Grenade avant sa chute aux XVe siècle.

Les villes[modifier | modifier le code]

Contrairement au reste de l'Europe, la société andalouse était nettement plus urbaine, c'est ce qui permet à des villes comme Cordoue de compter un demi-million d'habitants à son apogée. Les villes andalouse sont l'expression du pouvoir de l'émir puis du calife qui investit des sommes considérables pour y maintenir les forces vives tels que les intellectuels[126]. Ces mêmes villes dont les noms sont la plupart du temps romains comme Valence (Valentia) qui s’appellera Balansiyya, Caesar Augusta qui donnera Saragosse, Malaga qui s'appellera Malaka, Emerida en Marida. D'autres encore portent le nom de leur fondateur arabe comme Benicàssim qui prend son nom de Banu-Kasim, Benicarló de Banu-Karlo ou encore Calatrava provenant de Kalat-Rabah[127]. Des auteurs comme Ibn Hawqal dans son livre Surat al-Ardh dénombrent soixante-deux villes principales.

De nos jours il ne reste que peu de traces de la structure des cités de l'époque musulmane hormis les descriptions arabes mais aussi chrétiennes[128]. Les réelles descriptions des villes d'Al-Andalus débutent au Xe siècle et laissent apparaître des cités islamisées composées d'éléments caractéristiques aux centres urbains d'Afrique du Nord ou du Moyen-Orient tels que les mosquées, les souks, la kasbah ou encore l'arsenal[128]. Hormis cette architecture orientale, la structure des villes andalouses était semblable aux autres villes européennes en territoire chrétien. Une muraille entoure les bâtiments important de la ville. À l'extérieur, mais tout de même proche, se trouvent les marchés, les cimetières ou les oratoires. Encore plus loin se trouvaient les maisons des notables mais aussi celle du gouverneur[129].

Le développement du centre ville n'était jamais planifié à l'avance si bien que chaque propriétaire de terrain était libre de fixer lui-même la largeur des rues ou la hauteur des bâtiments. Un voyageur dira au XVe siècle à propos de Grenade que les toits des maisons se touchent et que deux ânes qui iraient en sens inverse n'auraient pas suffisamment de place pour se croiser. Le muhtasib était la personne chargée de surveiller l'ensemble, mais la plupart du temps il limitait son action à éviter que les maisons en ruine ne tombent sur les passants. Ce n'est que dans les grandes et moyennes villes qu'on peut croiser de larges voies comme c'est le cas à Cordoue ou à Grenade, Séville, Tolède ou Valence[130].

La mosquée et la citadelle, symboles de l'autorité du dirigeant[modifier | modifier le code]

Église Santa María de la Granada de Niebla, anciennement mosquée de la ville

La mosquée est un des principaux signes de l'autorité du dirigeant et bien que toutes les villes ne possédaient pas de mosquée il était courant de voir des bâtiments cultuels islamiques. Hormis les petits bâtiments servant à la prière en commun la construction de mosquées en Al-Andalus est assez tardive puisqu'il faut attendre entre soixante à cent-cinquante ans pour voir surgir de terre de grandes mosquées comme celle de Cordoue (785) ou de Séville (844)[131], par la suite toutes les villes qui aspiraient à concentrer des pouvoirs importants financent la construction de grandes mosquées comme ce fut le cas par exemple à Badajoz où Ibn Marwan comprend la nécessité d'y bâtir un imposant bâtiment signe de l'opulence de la ville qu'il a fondée[131]. Enfin, il est important de noter que dans beaucoup de cités, essentiellement dans celles contrôlées par des Latins convertis, la construction des mosquées est un signe de rattachement à l'islam. Enfin, la vague de construction de mosquées à la fin du IXe siècle, début Xe siècle marque le signe de la pénétration de la culture islamique dans la société qui était durant le premier siècle de la conquête arabe restée majoritairement non-musulmane mais aussi de l'affirmation du pouvoir de l'émir.

On dénombre encore aujourd'hui plusieurs mosquées dont la plupart ont été transformées en églises comme à Cordoue, Séville, Niebla[128] mais dans beaucoup d'autres villes, malgré les fouilles, la localisation des édifices religieux musulman est difficile et seuls les textes de l'époque nous donnent une information souvent vague sur l'emplacement de ceux-ci.

Bien que les traces écrites soient rares, les fouilles permettent de retrouver au sein de villes considérées comme des grands centres de pouvoirs les contours de citadelles [132]. Placées sur la meilleure position de la ville, offrant la vue la plus large, les citadelles avaient pour but la défense contre les ennemis extérieurs mais parfois la population locale représentait une plus grande menace. C'est ainsi que dans des villes comme Tolède ou Séville par exemple, le mur d'enceinte est rasé et les pierres utilisées pour la construction d'une forteresse permettant de préserver le gouverneur et ses soldats en cas de révolte de la population[133]. Les citadelles se différenciaient aussi en fonction de leur situation géographique; à l'est du pays comme à Murcie ou Dénia, les villes possédaient des citadelles quasiment imprenables, ce qui n'était pas le cas à l'ouest vers la zone de l'actuel Portugal[132]. Enfin, comme les mosquées et la citadelle, les ports, les marchés, les cimetières et les bains étaient aussi sous l'autorité directe du sultan [134].

Les principales villes[modifier | modifier le code]

Cordoue, la capitale[modifier | modifier le code]

Ville importante dès l'époque romaine, Cordoue est avantagée par sa position géographique. Proche du Guadalquivir et située au milieu de vastes champs très fertiles elle est une des premières cités à être conquise par les armées arabo-berbères, qui en confieront la défense à des Juifs en 711. En 716, elle se retrouve au centre de pays lorsqu'il est décidé qu'il serait judicieux d'en faire la capitale du pays au détriment de Séville. Le vieux pont romain en ruine est reconstruit de même que la muraille. On y vient de toute la péninsule et d'Afrique du Nord. Dès l'arrivée du premier émir, Abd Al-Rahman Ier on y construit une grande mosquée faisant face au fleuve mais aussi un palais, l'Alcazar, où ont lieu toutes les cérémonies officielles, les réceptions. À l'extérieur de la ville Abd Al-Rahman Ier construit la Rusafa en souvenir des palais syriens de son enfance. Deux siècles plus tard, le centre-ville de Cordoue qui compte près de quarante-sept mosquées s'enrichira du palais d'Abd al-Rahman III, Madinat al-Zahra, chef-d'œuvre ayant coûté des sommes faramineuses mais qui permettait au nouveau calife d'affirmer son pouvoir et montrer aux autres puissances européennes sa puissance. La ville, qui du temps d'Al-Hakam II comptait dans ses bibliothèques plus de 400 000 ouvrages recueillis à travers toute la Méditerranée, est aussi un grand centre culturel mais aussi théologique grâce aux théologiens venus s'y installer.

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Le nombre d'habitants que compte la ville à son apogée au Xe siècle est très difficile à estimer ; les historiens espagnols comme R. Carande l'estiment à plus de 500 000 habitants. La taille de la ville qui faisait près de 14 kilomètres de périmètre était elle aussi gigantesque pour son époque. La madinah ou la kasbah, qui en constituait le centre, était entourée d'une grande muraille bâtie sur le tracé d'un ancien rempart romain. Le centre ville était coupé de deux grandes voies qui menaient vers les différents quartiers de la ville. Ce centre ville, où étaient essentiellement regroupés les familles juives mais aussi les autres artisans et commerçants est devenu rapidement trop petit pour accueillir les nouveaux arrivants. Hormis les Berbères et les Arabes, la capitale cordouane comptait de nombreux Esclavons venus d'Europe du Nord mais aussi des Noirs d'Afrique ou encore des Mozarabes, ces Chrétiens ayant adopté le style de vie islamique et où ils possèdent de nombreux couvents et églises[135].

La ville qui amorce un lent déclin avec la guerre civile au XIe siècle au profit de Séville, est définitivement perdue en 1236 lorsque les armées de Ferdinand III de Castille la capturent.

Séville[modifier | modifier le code]

Capitale de 713 à 718, Séville, composée essentiellement d'Arabes originaires du Yémen, est une cité en perpétuelle rébellion contre l'autorité des émirs de Cordoue. Il est extrêmement difficile de connaître l'état économique de la cité. Certains indices permettent cependant d'en avoir une idée, ainsi la facilité qu'avaient eu les Vikings à piller Séville en 844 semble montrer que la ville ne disposait pas des fortifications adéquates, d'où une certaine précarité des gouverneurs locaux[136]. À la suite de ce pillage Abd Al-Rahman II entreprend la reconstruction de la ville en bâtissant une mosquée (agrandie par la suite par les Almohades qui y ajoutent la Giralda), un souk, un arsenal et surtout d'un réseau de tours et de murailles qui donnent à la ville la réputation de cité imprenable. Grâce à ces constructions, Séville est prête à prendre son envol ; le gouverneur de la cité jouit d'un pouvoir qui égale celui de l'émir de Cordoue, il rend la justice, possède sa propre armée et ne paie pas d'impôts au pouvoir central. Avec Abd Al-Rahman III, les fruits des succès sont visibles, on y accroît la culture des olives, du coton et de l'agriculture en général. Au XIe siècle la ville connaît son apogée au temps des royaumes de taïfas et finit même par annexer Cordoue, l'ancienne capitale, dont elle ravira la place avec le règne des Almohades. Sa proximité avec la mer en fait un des plus grands ports du pays ; c'est de là que partent les marchandises vers Alexandrie essentiellement, ce qui permet à de nombreuses familles d'amasser de grandes richesses, si bien que les témoins de l'époque rapportent qu'il n'y a pas dans tout le pays de familles plus riches et plus adonnées au commerce et à l'industrie qu'à Séville.

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Tolède et Valence[modifier | modifier le code]
Vue sur Tolède, la ville est à l'époque d'Al-Andalus la plus importante ville mozarabe
Entrée de Jacques Ier d'Aragon à Valence en 1238

Capitale du royaume Wisigoth jusqu'en 708, Tolède est la ville qui a le mieux gardé son héritage romain. C'est elle aussi qui même longtemps après la Reconquista a su garder son esprit de tolérance. Durant l'époque du califat la ville qui compte une très importante communauté mozarabe et juive est un exemple de La Convivencia. C'est une cité prospère grâce à son marché mais aussi avec ses riches terres fertiles et de plus, sa situation sur le Tage à la rencontre de trois collines lui confère une importance militaire de premier ordre, malgré tout c'est la première ville de cette envergure qui sera prise lors de la reconquête. À sa plus grande extension la ville compte 30 000 habitants. Le 25 mai 1085 la ville tombe sous les coups d'Alphonse VI de León qui perpétue l'esprit de tolérance et soutient les arts et les sciences avec la traduction de nombreux ouvrages arabes.

En ce qui concerne Valence, la ville n'acquiert son importance que tardivement. Fondée par les Romains, c'est une des premières cités à tomber aux mains des armées de Tariq ibn Ziyad qui l'arabisent et devient un centre de la culture arabe dans la péninsule. Ce n'est qu'avec la chute du califat que la ville commence son rayonnement avec l'arrivée massive de familles d'Afrique du Nord qui contribuent à sa prospérité.

La culture et les sciences[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sciences et techniques en al-Andalus.

La société andalouse[modifier | modifier le code]

Il est extrêmement difficile de déterminer le nombre de personnes vivant en Andalus tant les frontières mobiles et les guerres ont façonnées la démographie du pays. À son âge d'or, il est avancé le chiffre de dix millions de résidents, musulmans et non-musulmans compris. On y trouvait des Celtes et des Wisigoths antérieurs à l'arrivée des Arabes, des Berbères, des Slaves, des Francs entre autres[137].

Composition ethnique à l'arrivée musulmane[modifier | modifier le code]

La société Andalouse était fragmentée en fonction de la religion mais aussi de l’ethnie. Dans la seconde partie du VIIIe siècle, on recensait :

  • Des Chrétiens: essentiellement des latins présents sur ces terres avant l'arrivée des Musulmans.
  • Des Juifs : comme les Chrétiens ils sont antérieurs à l'arrivée musulmane mais sont persécutés durant les dernières décennies par les rois Wisigoths (conversions forcées, interdictions des synagogues)[138]
  • Des Musulmans, essentiellement des commerçants installés dans le pays.

Parmi les Chrétiens on pouvait distinguer ceux qui avaient conservés leurs traditions et les Mozarabes qui avaient adopté les coutumes arabes tout en maintenant leur religion.

Au sein des Musulmans il y avait :

  • Les Kaisites arabes du Nord de la péninsule arabique
  • Les Yéménites traditionnellement opposés aux Kaisites.
  • Les Berbères, convertis moins d'un siècle plus tôt et malgré leur investissement dans la conquête de la péninsule ibérique, ils font l'objet de discriminations de la part des Arabes.

Parmi les autres peuples présents à l'arrivée Arabe on peut citer :

Les principales ethnies du VIIIe au XIVe[modifier | modifier le code]

  • Les Arabes, établis dans le Sud et le Sud-est, sont solidaires entre eux et ont un fort sentiment ethnique. Ces caractéristiques compliqueront le travail des premiers émirs pour pacifier le pays[23]. À leur arrivée dans la péninsule, leur nombre ne dépasse certainement pas les 10 000, familles comprises, ce qui les place en nombre inférieur par rapport aux Berbères. Par la suite, arrivant d'Égypte, du Hedjaz et tout le monde arabe en général, ils se regroupent au sein des villes en fonction de leur origine, les Arabes de Homs s'installent autour de Séville, ceux de Damas à Grenade (Espagne), ceux de Palestine à Malaga. Bien qu'une rivalité ancestrale existe entre les Arabes du Nord de la péninsule arabique et les Yéménites celle-ci va disparaître à partir du IXe siècle. Bien qu'en majorité citadins et axés sur le commerce ou occupant de hauts postes dans l'administration, les Arabes sont aussi de grands propriétaires terriens. Piètres agriculteurs ils préfèrent reléguer ces tâches aux Latins qui contre toute attente trouvent une source de libération face à l'incompétence arabe à exploiter les terrains. Au fil des siècles et des mélanges avec les Wisigoths, la population arabe s'accroît mais son pouvoir diminue au profit d'une civilisation arabo-hispanique qui perdurera jusqu'à la chute de Grenade[139]. D'autre part, selon l'historien Pierre Guichard, tous les princes omeyyades qui se succèdent au pouvoir à Cordoue sont des fils d'esclaves concubines dont la majorité était d'origine indigène, des "Galiciennes", provenant des zones restées chrétiennes de l'Espagne du Nord et du Nord-Ouest. Ainsi, selon l'auteur, « à chaque génération, la proportion de sang arabe coulant dans les veines du souverain régnant diminuait de moitié, si bien que la dernier de la lignée, Hicham II (976-1013) qui, au vu de la seule généalogie en ligne masculine est de pure souche arabe, n'a en réalité que 0,09 % de sang arabe »[140].
Târiq ibn Ziyad, esclave berbère qui à la tête d'une armée conquiert une grande partie de la péninsule ibérique.
  • Les Berbères, souvent originaires des montagnes de l'Atlas ils habitent les montagnes du centre et du Nord du pays qui ressemblent le plus à l'Afrique où ils mènent une existence de cultivateurs et de pasteurs. Plus nombreux que les Arabes et tout aussi solidaires entre eux ils poseront tout autant de problèmes aux différents émirs[23].
  • Les Esclavons, appelés sakalibas en arabe, constituent un groupe important dans la société andalouse. Capturés et achetés en Europe, les Esclavons sont essentiellement des Slaves et des Germains provenant d'Europe centrale ou orientale et convertis à l'islam. Favorisés sous Abd al-Rahman II, ils sont ramenés en grand nombre en Andalousie où certains d'entre eux reçoivent une éducation poussée qui leur permet d'obtenir de hauts postes dans l'administration. Devenant pour certains Grand Fauconnier, Grand Orfèvre ou encore Commandant de la Garde ils finissent par former un groupe à part, se favorisant mutuellement les uns les autres. Ils jouent un rôle important dans l'éclatement du pays au XIe siècle lors de leurs luttes contre les Berbères. À l'époque des taifas, plusieurs Esclavons parviennent à arracher un royaume comme à Valence ou Tortosa et à en faire une puissante entité politique [141].
  • Les Latins convertis à l'islammuwallads sont le groupe le plus important du pays. Les premières conversions ont lieu rapidement après l'arrivée arabe. Ils assimilent la culture et le mode de vie arabe tout en oubliant leurs origines wisigothiques ce qui leur permet de s'intégrer rapidement dans à la société. Tolède est une des villes les plus peuplée en muwallads et qui donnera de nombreux religieux musulmans de hauts-rangs. De leurs origines latines il ne reste pour beaucoup que le nom comme les Banu Angelino ou les Banu Martin par exemple. Mis à l'écart les deux premiers siècles, ils exigent rapidement les mêmes droits que les Arabes et les Berbères qu'ils obtiennent grâce aux révoltes d'Ibn Marwân entre autres, mais aussi avec les politiques volontaristes mises en place par les émirs Al-Hakam Ier et d'Abd al-Rahman II au VIIIe siècle et IXe siècle. C'est à cette époque qu'un mouvement de conversion massif à l'islam s'opère au sein des Wisigoths ce qui modifie le rapport des religions puisque les musulmans finissent par représenter près de 80 % de la population[142]. C'est la communauté la plus pacifique et la plus fiable aux yeux des émirs et des califes[143].
Localisation des œuvres mozarabes à travers la péninsule.
  • Les Mozarabes sont des Latins non-convertis à l'islam mais ayant adopté le style de vie arabe. Représenté par un comes ou comte mozarabe lui-même, ils conservent leurs sièges épiscopaux, couvents et églises. Certains parmi eux atteignent de hauts rangs dans la société ce qui leur permet d'acquérir toutes les sciences et cultures de l'Orient et qu'ils retransmettaient à leurs coreligionnaires chrétiens du Nord de la péninsule au fur et à mesure de la reconquête.
  • Les Juifs, habitant essentiellement dans les villes, travaillaient principalement dans les métiers de la finance, du commerce ou comme ambassadeurs[144]. À la fin du XVe siècle, on compte plus de 50 000 juifs à Grenade et environ 100 000 dans toute la péninsule islamique.

Les non-musulmans dans l'État[modifier | modifier le code]

Illustration représentant des soldats juifs combattant dans les forces de Muhammed IX, sultan de Grenade, 1431.

Les non-musulmans avaient le statut de dhimmi et hormis les vieillards, les femmes, les enfants et les handicapés, ils payaient la Jizya qui s'élevait à un dinar par an. Pour un auteur, les dhimmis, juifs et chrétiens, payent au IXe siècle 3,3 fois plus d'impôt que les musulmans[145]

Les conditions de vie des non-musulmans ont fait l'objet de nombreux débats. Maria Rosa Menocal, spécialiste de la littérature ibérique, considère que la tolérance faisait partie intégrante de la société andalouse. Selon elle, les dhimmis bien qu'ayant moins de droits que les Musulmans avaient une meilleure condition que les autres minorités présentes en pays chrétiens.

Les Juifs constituaient plus de 5 % de la population andalouse et le pays était le centre de la culture juive du Moyen Âge, produisant une quantité importante de penseurs. Les Juifs constituaient même la communauté la plus stable et la plus riche du pays, bien que des historiens comme Bernard Lewis soient en désaccord avec ce point de vue, notamment quand il rapporte le massacre en 1066 de 3000 Juifs lors d'émeutes, d'une durée de 3 jours, provoquées par la population musulmane qui n'accepte pas l'enrichissement d'un vizir juif jugé trop puissant et fastueux[146].

L'idée la plus communément admise aujourd'hui est que le sort des minorités dépendait des autorités qui régnaient. Durant l'émirat et le califat, la situation était bonne sauf émeutes ponctuelles mais elle s'est dégradée à partir du XIIe siècle avec l'arrivée des Almohades pour se détendre par la suite avec le royaume de Grenade.

Islam[modifier | modifier le code]

L'islam sunnite a été la religion officielle de l'Espagne musulmane de la conquête en 711 jusqu'à la chute du royaume de Grenade en 1492. Le courant théologique officiel était l'Asharisme. La jurisprudence y était exercée dans un premier temps selon l'école juridique awzâ'ite pour ensuite être appliquée selon l'école malékite. La jurisprudence zâhirite fut parfois appliquée mais son influence fut minime et ponctuelle[147]. Les autres « religions du Livre » furent acceptées avec, toutefois, des périodes de répression. Au XIe siècle, l'islam était devenu la religion majoritaire et les Musulmans constituaient plus de 80 % des habitants d'Al-Andalus[148].

Christianisme[modifier | modifier le code]

La situation des Chrétiens à l'arrivée musulmane était différente selon les villes et les traités que les autorités locales avaient établies à l'arrivée musulmane. Dans la région de Mérida ils peuvent garder leurs propriétés à l'exception des ornements des églises. Dans les provinces d'Alicante et de Lorca ils versent un tribut. Dans d'autres cas il arrivait aussi que la situation ne leur soit pas aussi favorable comme pour certains grands propriétaires chrétiens qui voient leurs terres en partie spoliées[23].

De plus, les hommes chrétiens n'avaient pas le droit d'épouser des musulmanes.

La Reconquista[modifier | modifier le code]

Miniature des Cantigas de Santa María.

Avant 1085, date de la prise de Tolède par les Chrétiens, l'al-Andalus était aux quatre cinquièmes sous domination musulmane, le nord relevant de quatre royaumes chrétiens et depuis 806 d'une marche franque créée par Charlemagne avec Barcelone comme capitale[149]. Après cette bataille de Tolède de 1085, la Reconquista, reconquête chrétienne, progresse fortement. Al Andalous se réduit à un peu plus de la moitié du territoire espagnol. Lorsque les Chrétiens commencèrent à s'unir pour repousser les Musulmans installés depuis les années 720, la région était dirigée par un calife, le calife de Cordoue. Après Tolède, la Reconquista s'accélère au XIIIe siècle avec l'importante défaite musulmane lors de la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, grande victoire catholique historique, suivie de la conquête de Cordoue en 1236 et de Séville en 1248. Des milliers de Musulmans quittent l'Espagne ou se réfugient dans le petit royaume de Grenade[149] En 1237, en pleine déroute, un chef musulman nasride a pris possession de Grenade et fondé le royaume de Grenade, reconnu vassal par la Castille en 1246 et qui devait ainsi lui payer un tribut. De temps en temps, éclataient des conflits dus au refus de payer et qui se terminaient par un nouvel équilibre entre l'émirat maure et le royaume chrétien. En 1483, Muhammad XII devient émir, dépossédant son père, événement qui déclencha les guerres de Grenade. Un nouvel accord avec la Castille provoqua une rébellion dans la famille de l'émir et la région de Malaga se sépara de l'émirat. Málaga fut prise par la Castille et ses 15 000 habitants furent faits prisonniers, ce qui effraya Muhammad. Ce dernier, pressé par la population affamée et devant la suprématie des rois catholiques, qui avaient de l'artillerie, capitule le 2 janvier 1492, terminant ainsi onze ans d'hostilité pour Grenade et sept siècles de présence du pouvoir islamique dans cette extrémité de l'Espagne. La présence de populations musulmanes dans l'Espagne redevenue chrétienne ne prit fin qu'en 1609, lorsqu'elles furent totalement expulsées d'Espagne par Philippe III inquiet du désir de revanche des Morisques, des troubles qu'ils occasionnent, de raids barbaresques sur les côtes espagnoles et de l'aide attendue des Ottomans[149].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Séfarade.

L'état en Al-Andalus[modifier | modifier le code]

Économie et commerce[modifier | modifier le code]

Aynadamar, canal construit au XIe siècle et classé monument national permet encore aujourd'hui l'irrigation d'un quartier de Grenade

Les vastes étendues de terres, notamment au Xe siècle lorsque le califat était à son apogée permettait à Andalus d'avoir une agriculture variée. La culture des céréales était principalement située sur les terres sèches au Sud de Jaén ou de Cordoue. Les régions à l'ouest de Séville quant à elles étaient de grandes productrices d'huile d'olive et de raisin. Le bananier, le riz, les palmiers ou encore la canne à sucre étaient cultivés dans le sud et le sud-est. Les fruits et légumes comme l'asperge, l'amandier, le cerisier ou l'oranger par exemple, ont été introduits très tard dans le pays. Le coton était essentiellement produit dans la région de Valence ou de Murcie enfin le ver à soie et le lin l'étaient dans la région de Grenade. Les vastes étendues boisées autour de Cadix, Cordoue, Malaga ou Ronda permettaient au pays de lancer de grands projets coûteux en bois, comme les chantiers navals. En cas de mauvaises récoltes comme au début du Xe siècle, les céréales étaient importées d'Afrique du Nord des ports d'Oran ou de Tunisie[150].

L'industrie textile[modifier | modifier le code]

Arrivée de Chine par la Perse, la soie est cultivée essentiellement dans la région du haut Guadalquivir aux pieds des sommets de la Sierra Nevada et de la Sierra Morena[151] enrichissant les villes proches comme Baza où même Cadix. Mais c'est à Almería et ses environs que se spécialisent les artisans qui y fabriquent les étoffes, rideaux ou costumes avant qu'au IXe siècle Séville et Cordoue ne possèdent leurs propres ateliers de tissage [152]. Le commerce de la soie était une grande source de richesse pour le pays qui la vendait dans tout le bassin méditerranéen, au Yémen, en Inde mais aussi en Europe du Nord jusqu'en Angleterre. Roger de Hoveden voyageur anglais au XIIIe siècle ou encore la la Chanson de Roland parlent de la soie d'Almeria et des tapis de soie. Cependant c'est aussi à partir du XIIe siècle que cette industrie voit sa production chuter. Les Européens et en particulier les Italiens s'ouvrent à ce commerce et leurs marchands s'aventurent de plus en plus sur la route de la soie, de plus la vogue de la laine d'Angleterre ou de Flandres supplante la soie. Malgré tout, la soie andalouse sera exportée jusqu'à la chute de Grenade au XVe siècle[153].

La laine quant à elle, exploitée depuis l'Antiquité est essentiellement produite autour du fleuve Guadiana et dans toute l'Estrémadure. Sous la domination musulmane elle est intensément produite et exportée, notamment avec les élevages de moutons de race dite Mérinos dont le nom vient des Mérinides, une dynastie berbère d'Afrique du Nord. C'est du Maghreb que les musulmans de la péninsule apprendront les techniques d'élevage, d'organisation des transhumances entre les différentes saisons, les règles juridiques concernant les droits d'exploitation des sols. Alphonse X de Castille lui-même reprendra ces techniques et juridictions pour les imposer sur ses terres. Bocairent près de Valence est alors un des grands centres de fabrication de tissus dans la péninsule. Les marchands andalous exportent jusqu'en Égypte à la cour des califes fâtimides où en Perse[154].

Les métaux, le bois et le papier[modifier | modifier le code]

Astrolabe andalou en bronze du XIe siècle

Comme dans tout le monde musulman en général les terres andalouses sont pauvres en fer et on est obligés de l'importer d'Inde. Les lames de Tolède sont aussi connues que celles de Damas et se vendent à prix d'or dans tout le bassin méditerranéen ou en Europe. Le métal le plus exploité dans le pays est le cuivre, extrait essentiellement dans la région de Séville qui l'exporte sous forme de lingots ou d'objets manufacturés, décoratifs ou usuels[154].

Tout aussi rare que le fer, le bois, matière indispensable pour l'industrie ou la construction navale, manquait cruellement à travers le monde musulman qui était obligé de lancer des expéditions jusqu'en Dalmatie pour trouver des bois de qualité. L'avantage certain que possédait Al-Andalus grâce à ses grandes étendues boisées (surtout autour de Dénia ou Tortosa) lui permettait d'exporter en grande quantité, mais au fur et à mesure que la Reconquista progressait, les forêts se raréfiaient[155].

Introduit en Orient quelques années après la bataille de Talas en 751, le papier est une matière essentielle dans l'économie andalouse. Fabriqué dans la région de Xàtiva près de Valence_(Espagne), il acquiert une grande renommée grâce à sa qualité de fabrication mêlant le chiffon et le lin. Très demandé dans tout l'Orient et en Europe il est nommément cité dans la Guenizah du Caire[156].

Les esclaves[modifier | modifier le code]

Le trafic d'esclaves est attesté dès la fin du IXe siècle[157]. La grande majorité des esclaves venaient du pays nommé bilad as-Sakalibas c'est-à-dire pays des esclaves et qui englobait toute l'Europe orientale et centrale. Les autres provenaient des steppes d'Asie (bilad Al-Attrak) ou de l'actuel Soudan (bilad as-Sudan). Les esclaves provenant d'Europe étaient essentiellement des Slaves capturés autour de la région de L'Elbe, la Dalmatie ou encore les Balkans. Les Scandinaves sont les principaux vendeurs d'esclaves, ils les acheminent jusqu'aux abords du Rhin où des marchands, essentiellement juifs, achètent les esclaves puis les revendent dans toute l'Europe comme à Verdun qui est le principal centre de castration des esclaves, mais aussi à Prague mais aussi en Orient ou en Andalousie. Toutefois avec l'arrivée des Almoravides, le commerce d'esclaves européens diminuera au profit de celui d'Afrique[158].

Les grands axes commerciaux[modifier | modifier le code]

Bien avant l'arrivée arabe, la péninsule ibérique possède de solides infrastructures routières mises en place par les Romains mais laissée à l'abandon avec l'arrivée des Wisigoths. Durant la domination arabe, les principaux axes routiers internes partaient tous de Cordoue, la capitale et rejoignaient les grandes villes du pays comme Séville, Tolède, Almería, Valence, Saragosse ou encore Malaga.

En ce qui concerne le commerce extérieur, le principal axe était celui qui joignait l'Andalousie à l'actuel Languedoc-Roussillon (qui durant un demi-siècle était une province arabe) avec des villes comme Arles ou Narbonne d'où partaient les marchandises vers toute l'Europe ou l'Orient. Les marchands andalous y achètent essentiellement des armes ou des draps des Flandres et y vendent des soieries et des épices. Les ports andalous étaient essentiellement tournés vers le commerce avec l'Afrique du Nord, la Syrie ou le Yémen. C'est par voie maritime qu'étaient transportés les produits pondéreux comme le bois, la laine, le blé mais aussi les pèlerins en direction de La Mecque[159]

Institutions[modifier | modifier le code]

Gouvernement et bureaucratie[modifier | modifier le code]

Le souverain dans l'État[modifier | modifier le code]

Le souverain domine le peuple et possède tous les pouvoirs, n'obéissant qu'à sa seule conscience et aux règles islamiques. Il est le personnage central du pays et plus encore depuis qu'Abd Al-Rahman III s'est fait couronné calife, commandeur des croyants. Le souverain a l'autorité absolue sur les fonctionnaires et l'armée. Il nomme qui il souhaite aux hauts postes de l'État. Le souverain apparaît rarement en public[160], surtout après la construction du palais de Madinat Al-Zahra par Abd Al-Rahman III où les réceptions sont régies par un protocole strict et complexe, ce qui ne manque pas d'éblouir les ambassadeurs occidentaux marqués par la crainte respectueuse qu'inspirait le calife à ses sujets. Le souverain garde auprès de lui dans son palais sa famille.

La plus grande cérémonie dans la vie d'un souverain est la baya, hommage qui marque l'avènement d'un nouveau dirigeant. Sont présents sa famille proche et éloignée, les hauts dignitaires de la cour, juges, militaires etc. Toutes ces personnes jurent fidélité au nouveau souverain selon un ordre hiérarchique importé du califat Abbasside par Zyriab. Ensuite viennent les fêtes de la rupture du jeune du mois de Ramadan puis la fête du Sacrifice qui sont célébrées avec faste[160].

Les marches et les Kûwar[modifier | modifier le code]

Il est très difficile de réaliser une carte précise des différentes régions d'Al Andalus tellement ses frontières étaient mobiles et les changements de dirigeants fréquents. Il est parfois même plus sûr de se fier aux sources chrétiennes qu'aux sources arabes de l'époque. Toutefois dans les grandes lignes et selon de nombreux auteurs arabes le pays était divisé en marches (tughur ou taghr au singulier) et en districts (kûra au singulier, kuwar au pluriel [161],[162]).

Pièce en or datant du règne Almoravide, Séville, Espagne, 1116. British Museum.

Situés entre les royaumes chrétiens et l'émirat, les marches font office de frontière et de zone tampon. Inspirées des tughur que les Abbassides avaient placés sur leur frontière avec Byzance, ces marches étaient défendues par des forteresses plus où moins grandes en fonction de l'intérêt stratégique des lieux. Gouvernées par des militaires aux pouvoirs étendus, les populations y vivant bien qu'étant en état de guerre y menaient une existence dans une paix relative dû aux forces que le gouvernement central y plaçait[161].

Dans le reste du pays, des garnisons formées de soldats arabes mais aussi des mercenaires garantissent la sécurité du territoire. L'administration quant à elle n'est pas aux mains d'un militaire mais d'un wali qui est nommé et surveillé par le pouvoir central. Le wali gouverne une circonscription provinciale. Chaque kûra possède donc un chef-lieu, un gouverneur et une garnison. Le gouverneur habite dans un bâtiment fortifié (kâsba) du chef-lieu. Le nombre de kûras sont assez fluctuants; al-Muqaddasî nous rapporte une liste de 18 noms. Yâqût en dénombre au total 41 et Al-Râzî, quant à lui donne le chiffre de 37. Apparue dès les débuts de la présence arabe dans la péninsule, ce mode de division administrative, lui-même hérité du modèle des Abaassides de Bagdad ou des Omeyyades de Damas, subsistera jusqu'à la fin de la présence musulmane en Espagne[163].

Administration et finances[modifier | modifier le code]

Le souverain est entouré de conseillers, les vizirs, le premier vizir qui est aussi à la tête de l'administration est le hadjib. Ce dernier est la seconde personne en importance après le souverain et il peut entrer à tout moment en contact avec celui-ci et doit l'en tenir informé du bon fonctionnement des affaires du pays. Le hadjib est aussi après le souverain, la personne la mieux payée et il est objet de tous les honneurs mais en contrepartie il est responsable d'une administration lourde et complexe. Il vit dans l'Alcazar puis à Madinat al-Zahra après la construction de celle-ci[164].

Ensuite viennent les « bureaux » ou diwans qui sont au nombre de trois et dont chacune est dirigée par un vizir. Le premier diwan est la Chancellerie ou le katib al-diwan ou diwan al-rasail. Il a la responsabilité des diplômes et brevets, des nominations et des correspondances officielles. Ce diwan a aussi la responsabilité de la Poste ou barid, système de communication hérité de Abbassides. Enfin le premier diwan gère les Services de Renseignements[165].

Sous l'autorité de Mozarabes ou de Juifs, la gestion des finances ou le khizanat al-mal est organisé de manière complexe. On y comptabilise les revenus de l'État ainsi que les revenus du souverain. En Andalus, les impôts sont la première entrée d'argent, à cela s'ajoute les tributs des vassaux et les recettes extraordinaires. Au cours des siècles ces entrées varient considérablement, de 250 000 dinars aux débuts de la présence arabe ce montant va s'élever à un million sous Abd Al-Rahman II puis jusqu'à cinq millions sous Abd Al-Rahman III et ses successeurs. Parmi les impôts on retrouve la zâkat pour les Musulmans, la djizîa pour les non-musulmans mais aussi d'autres impôts que le gouverneur lève en cas de besoins. La cour royale représente un poste de dépense important. Sous Abd Al-Rahman III, l'entretien de son palais de Madinat Al-Zahra mais aussi le harem et ses 6 000 femmes, personnel domestique, famille du souverain englouti des sommes considérables[166].

La justice[modifier | modifier le code]

Le calife, lieutenant de Dieu sur Terre, est aussi juge de tous les Croyants. Il peut exercer cette fonction s'il le souhaite mais en général il la délègue à des subordonnés investis du pouvoir de juridiction c'est le cadi. Le cadi de Cordoue est le seul à être directement nommé par le calife, les autres étant en général nommés par les vizirs ou des gouverneurs de province.

Lors d'un jugement, le cadi est seul et il est assisté d'un conseil remplissant un rôle uniquement consultatif. Le cadi est choisi en fonction de ses compétences en matière de droit islamique, mais aussi pour ses qualités morales. Ses jugements sont sans appels bien qu'il soit possible dans certains cas de demander à être jugé de nouveau par le même cadi ou un autre cadi ou par un conseil réuni à cet effet. Les sentences les plus graves sont exécutées par les autorités civiles ou militaires. Outre les jugements, le cadi gère les biens de mainmorte, entretient les mosquées, les orphelinats et tout bâtiment destiné aux plus défavorisés. Enfin il lui est permis de présider la prière du vendredi, ou des autres fêtes religieuses.

La justice est gratuite, aussi, le cadi qui se doit d'être d'un caractère pieux et doit rendre justice équitablement est mal payé mais reste un personnage considérable au sein de l'État. Il n'y a aucun bâtiment conçu pour les audiences de justice, les jugements se faisant dans une pièce attenante à la mosquée. Le cadi peut juger entre deux Musulmans ou entre un Musulman et un Chrétien. En cas de litige entre Chrétiens c'est un magistrat spécial qui est affecté et qui juge selon l'ancien droit wisigoth, entre Juifs c'est un juge juif[167].

La loi[modifier | modifier le code]

Au temps d'Al-Andalus, la loi était issue de la charia. Un fonctionnaire est spécialement affecté pour maintenir l'ordre public, c'est le sahib al-suk qui aujourd'hui pour équivalent l'officier de police. Il s'assure que la population accomplit les devoirs religieux, du bon comportement de la population dans la rue, de l'application des règles discriminatoires envers les dhimmis. Toutefois sa fonction principale est de traquer les contrefaçons et les tromperies dans les marchés en vérifiant les poids et mesures, s'assurant de la qualité des produits vendus, etc. Les règles auxquelles il doit se conformer sont consignées dans des traités qui indiquent les mesures à prendre pour chaque cas qui se présente. Lorsque le sahib al-suk attrape une personne il la remet au cadi pour le jugement. Dans les villes de province c'est au gouverneur que revient la tâche d'arrêter mais aussi d'exécuter les peines des malfaiteurs[168].

Diplomatie[modifier | modifier le code]

Les difficultés de communication et la lenteur des moyens de transport ne permettaient pas d'avoir une réelle diplomatie hormis avec les voisins proches d'Andalous. Au Xe siècle, l'émirat est encore un jeune état à peine débarrassé des révoltes et des troubles qui l'agitaient à peine un siècle plus tôt. Étant à la frontière de deux grands espaces (latin et oriental), le pays entretenait des relations très riches mais aussi tumultueuses avec eux.

Avec les califes Abbassides[modifier | modifier le code]

Chrétien et Musulman jouant au jeu d'échecs. Introduit à la cour andalouse par Zyriab, il est joué depuis plusieurs siècles en Perse

Les rapports exécrables qu'avaient connus les Omeyyades avec les Abbassides de Bagdad à la suite de l'assassinat de toute la famille régnante hormis Abd Al-Rahman Ier se sont estompés avec le temps. Les Omeyyades qui s'étaient établis depuis près de deux siècles avaient perdu leurs traditions orientales, de Damas leur ancienne capitale, il ne reste plus rien du prestige passé hormis quelques bâtiments en ruines, à présent tout le monde arabe se tournait vers Bagdad, Andalous y compris[170]. Le rayonnement de la cité irakienne inspire Andalous et Zyriab est un des éléments les plus remarquables de la pénétration de la culture abbasside en Andalousie. D'origine Kurde il quitte Bagdad et demande à Al-Hakam la permission de s'établir auprès de sa cour mais au moment de son débarquement sur la péninsule, Al-Hakam meurt et c'est Abd Al-Rahman II qui à l'occasion de le recevoir. Ils deviennent rapidement de proches amis, l'émir appréciant la grande culture de Zyriab. Ce dernier fonde à Cordoue une école, un conservatoire et introduit le chant médinois qui inspirera par la suite le cante jondo. Son arrivée bouleverse totalement la cour andalouse qui découvre un nouveau mode de vie, l'habillement, les règles de la table importées de Bagdad, les jeux (il importe le jeu d'échecs connu en Perse depuis le IVe siècle) et jusqu'à la façon de s'exprimer ou de se comporter en société, Zyriab apporte un vent nouveau en Andalousie. L'influence de cet homme ne doit pas faire oublier que son succès est principalement dû au terrain favorable qu'offrait alors le pays pour l'essor de la culture et des sciences. La personnalité de l'émir Abd Al-Rahman II lui-même passionné de poésie et qui s'est entouré d'autres personnes toutes aussi brillantes que Zyriab comme Al-Ghazal ou Ibn Firmas[171] y contribuent. Le pays connaît une période de prospérité économique et agraire grâce à ces échanges avec l'Orient. Les hommes comme Zyriab permettent à Abd Al-Rahman de donner à l'Andalousie un nouveau chemin axé sur Bagdad, se détachant définitivement de la culture romaine, wisigothe ou syrienne d'où sont issus les premiers émirs.

L'influence irakienne se fait sentir aussi au niveau des institutions. L'émir devient monarque absolu dont le pouvoir est quasiment total sur l'Andalousie, hormis des questions religieuses qui étaient toujours sous l'autorité du grand cadi et du mufti. Les gouverneurs autrefois si prompts à désobéir à l'émir sont surveillés de près et ne rendent des comptes qu'à lui. Là encore l'influence de Bagdad se fait sentir puisque cette organisation de la société en est totalement inspirée. Abd Al-Rahman continue à réorganiser l'armée en suivant l'exemple de ses ancêtres; Aux groupes indisciplinés issus des différentes tribus dont ils continuaient à obéir, il préfère des soldats de métier aux ordres d'un gouvernement central. Il se constitue une armée d'esclaves (mamelouks) d'origine slave, imitant ainsi les souverains abbassides qui avaient sous leurs ordres des soldats esclaves turcs encore largement non-musulmans. Ces esclaves sont achetés à l'étranger et surtout en Europe puis formés aux métiers des armes.

Avec l'Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

L'Afrique du Nord durant les premiers siècles de l'émirat est une vaste terre où se mènent des luttes entre tribus, les gouverneurs abbassides s'étant affranchis de l'autorité du lointain calife de Bagdad et certains religieux chiites qui souhaitaient s'établir sur ces contrées[172].

Durant le règne d'Abd Al-Rahman III, le califat n'a que peu de contacts avec ces pays se limitant uniquement à acheter des céréales en cas de mauvaises récoltes. Le plus grand danger venait certainement du califat chiite Fâtimide encore établi dans l'actuelle Tunisie et qui lorgnait sur les terres du Maroc. Le calife suit avec attention les victoires et les défaites de cette dynastie rivale et s'allie avec les Berbères dans sa lutte. Il annexe Melilla et 929 c'est Ceuta et même Alger en 951[173].

Byzance[modifier | modifier le code]

Byzance est avec Bagdad une des plus grandes et plus riches villes du Moyen-Orient. Héritier de l'Empire romain dans la partie orientale, l'empire byzantin a eu à lutter contre les armées des Omeyyades de Damas au cours du VIIIe siècle. L'Afrique du Nord autrefois possession byzantine avait été perdue et même la capitale byzantine avait été menacée. La haine entre les deux pays avait par la suite fait place à une indifférence jusqu'au règne d'Abd al-Rahman II. En 839-840, Théophile empereur de Byzance envoie un ambassadeur à Cordoue proposer un traité d'amitié[174]. De plus l'empereur byzantin, menacé par les avancées des armées musulmanes d'Afrique du Nord en Sicile et vexé de la perte de l'île de Crête, colonisée par des Andalous chassés par l'émir Al-Hakam en 818 lors de la Révolte du Faubourg. Théophile est sans doute mal renseigné sur la situation et Abd al-Rahman II répond prudemment mais fermement que Crête et ses habitants ne dépendent plus d'eux depuis qu'ils ont été chassés du pays et par politesse envoie à Byzance divers cadeaux ainsi qu'un poète.

Cet épisode bien que secondaire ravit au plus haut point Abd al-Rahman II et marque l'entrée du pays dans l'arène des grands pays du monde méditerranéen. C'est la première fois qu'un empire aussi puissant que celui de Byzance se tourne vers l'Andalousie et lui demande son aide[174].

Les relations sont quasiment inexistantes durant près d'un siècle jusqu'au règne d'Abd al-Rahman III. En ce milieu du Xe siècle, les pirates andalous causaient de grands dommages en Méditerranée et l'empire Byzantin en était la première victime. L'empereur byzantin envoie des cadeaux somptueux au calife ainsi qu'une lettre lui demandant d'arrêter ces pillages[97].

Avec l'Europe du Nord[modifier | modifier le code]

Cathédrale Notre-Dame du Puy et ses arches en forme de fer à cheval ressemblant à celle de la mosquée de Cordoue

Les échanges avec la Chine et l'Inde, mais aussi la prise d'Alexandrie ou de Damas, qui étaient des anciennes cités romaines possédant de vastes bibliothèques dont beaucoup de livres en grec sont le point de départ des sciences dites arabes. Tout en traduisant ces textes, les penseurs musulmans s'efforcent de les améliorer. Ce courant ne tarde pas à arriver en Europe, timidement au départ, il prend toute sa place à la fin du Moyen Âge, contribuant en partie à la Renaissance en Europe.

Les premiers à traduire les textes arabes sont les Espagnols et les Italiens, ces documents pénètrent lentement en France. Paris est au XIIIe siècle le centre le plus important d'études philosophiques et théologiques du monde latin, les cours dispensés dans son université sont réputés dans toute l'Europe. Malgré son prestige, ce n'est que deux siècles après la mort d'Avicenne que l'université de Paris reconnaît totalement ses œuvres. Les premiers à s'intéresser à la pensée arabe ne sont autres que les théologiens et hommes d’Église français. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris au XIIIe siècle montre un grand intérêt pour les philosophies arabe et grecque même s’il n'hésite pas à critiquer et dénigrer les travaux d’Avicenne sur ses réflexions pro-islamiques. Plus tard Thomas d'Aquin a la même réaction vis-à-vis des textes du penseur arabe[175].

Sur le plan scientifique, l'Europe qui est restée jusqu'au XIe siècle à l'écart des sciences grecques a là aussi l'occasion de les redécouvrir par l'intermédiaire des savants arabes. Gerbert d'Aurillac, après avoir parcouru la Catalogne et fréquenté des bibliothèques d'Evêché ou de monastère comportant des traductions d'ouvrages musulmans et espagnols, est un des premiers à rapporter en France les sciences arabes[176]. À travers l'Europe un vaste mouvement de traduction est lancé. Bien qu'imparfaites ces traductions introduisent de nombreuses notions en mathématiques, médecine, astronomie, etc.

Dans le domaine des arts, l'influence arabe, venue de Byzance et de Perse, dans le domaine de l'architecture, se fait sentir en Europe. Plusieurs églises romanes du sud de la France entre le XIIe siècle et XIIIe siècle empruntent grâce aux ouvriers et artisans arabes qui participent à leur édification, mais aussi des croisés revenant de Terre Sainte, une architecture semblable aux mosquées et palais d'Al Andalous comme les arches en forme de fer à cheval repris de l'architecture byzantine ou perse ou bien des inscriptions bibliques gravées dans la pierre et directement inspirées des arabesques qui ornent les mosquées de l'époque. L'exemple le plus frappant est certainement la cathédrale du Puy-en-Velay et dont Émile Mâle remarque la ressemblance frappante avec la mosquée de Cordoue[177].

Al-Andalus, mythe ou réalité ?[modifier | modifier le code]

Al-Andalus, réalité historique et territoriale est aussi un mythe entretenu successivement par plusieurs strates d'écrits arabes puis européens.

Cependant, depuis les années 1970, des historiens tels que Pierre Guichard puis plus tard des universitaires tels que Serafín Fanjul[178], arabisant espagnol, spécialiste de la philologie sémitique, Guy Rachet[179], écrivain français, passionné d'archéologie et d'égyptologie, ou l'universitaire américain Norman Berdichevsky, de l'université du Wisconsin à Madison[180] ou encore Gabriel Martinez-Gros, considèrent que l'âge d'or d'Al-Andalus où les trois religions auraient coexisté en bonne harmonie est plus un mythe construit qu'une réalité historique.

Sylvain Gouguenheim, historien médiéviste français va plus loin en remettant en cause la thèse d'une transmission des auteurs antiques par les arabes dans son livre Aristote au mont Saint-Michel. Serafín Fanjul écrit dans La Nouvelle Revue d'histoire, revue fondée par Dominique Venner : « Le livre de Gouguenheim est excellent, bien structuré, magnifiquement documenté, et c'est ça qui fait mal. Comme il est difficile de le contredire avec des arguments historiques, on a recours à l'attaque personnelle »[181].

Toutefois les thèses de Sylvain Gouguenheim ont été vivement contestées par des historiens du Moyen Âge spécialistes de l'histoire intellectuelle, culturelle et philologique dans plusieurs articles et ouvrages[182]. Thomas Ricklin, professeur à l'université Ludwig Maximilian à Munich et historien de la philosophie médiévale, estime en mai 2011 dans la revue franco-allemande en ligne Trivium que « la grande majorité de la communauté scientifique » considère Aristote au Mont-Saint-Michel « tel qu'il est, c'est-à-dire comme un ouvrage scientifiquement malhonnête ». Th. Ricklin souligne aussi que « rarement un historien contemporain a si peu respecté les règles élémentaires de notre métier »[183].

Héritage[modifier | modifier le code]

Génétique[modifier | modifier le code]

D'après une étude d'Adams et al. en 2008 les habitants de la péninsule Ibérique ont en moyenne environ 11 % d'ancêtres nord-africains avec des variations géographiques importantes allant de 2 % en Catalogne à près de 22 % en Castille du Nord-Ouest[184]. Selon une autre étude de Capelli et al. en 2009, 7-8 % des lignées paternelles actuelles (chromosome Y) des Espagnols et des Portugais sont d'Afrique du Nord-Ouest et ont été introduites par les Maures au Moyen Âge[185].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) « Los arabes y musulmanes de la Edad Media aplicaron el nombre de al-andalus a todas aquellas tierras que habian formado parte del reino visigodo : la Peninsula Ibérica y la Septimania ultrapirenaica ». ("Les Arabes et les Musulmans du Moyen Âge ont appliqué le nom de al-Andalus à toutes les terres qui faisaient auparavant partie du royaume wisigoth : la péninsule ibérique et la Septimanie"), Eloy Benito Ruano (es), Tópicos y realidades de la Edad Media, Real Academia de la Historia, 2000, p. 79
  2. (es) « Para los autores árabes medievales, el término al-Andalus designa la totalidad de las zonas conquistadas - siquiera temporalmente - por tropas arabo-musulmanas en territorios actualmente pertenecientes a Portugal, Espana y Francia » ("Pour les auteurs arabes du Moyen Âge le terme al-Andalus sert à désigner toutes les zones conquises - même temporairement - par les troupes arabo-musulmanes dans des territoires appartenant aujourd'hui au Portugal, à l'Espagne et à la France"), José Ángel García de Cortázar (es), V Semana de Estudios Medievales: Nájera, 1 al 5 de agosto de 1994, Gobierno de La Rioja, Instituto de Estudios Riojanos, 1995, p. 52
  3. "La Narbonnaise (ou Septimanie) fut considérée comme incluse dans les limites d'al-Andalus", François Clément, « La province arabe de Narbonne au VIIIe siècle » in Histoire de l'islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2006, p. 18
  4. "Narbonne continuera d'occuper une place importante chez les auteurs arabes du Moyen Âge qui y voient l'une des limites de la Péninsule ibérique : ainsi Ahmad al-Râzî écrit-il qu'al-Andalus a la forme d'un triangle et que le second de ses angles se trouve dans la partie orientale d'al-Andalus, entre la ville de Narbonne et celle de Barcelone", Philippe Sénac, Les Carolingiens et al-Andalus, Maisonneuve et Larose, 2002, p. 40.
  5. Selon Joseph Pérez, « parmi les envahisseurs de 711, les Arabes proprement dits étaient une infime minorité [...] la majorité était formée de Berbères. [...] C'est pourquoi les Espagnols, pour évoquer la domination musulmane, préfèrent parler de Maures, c'est-à-dire de Maghrébins.», Joseph Pérez, Histoire de l'Espagne (1996), Fayard, 1996, p. 34
  6. "La rapidité des progrès de l'Islam dans les sciences, les arts, l'industrie, le commerce et tous les raffinements de la société policée, est presque aussi étonnante que la rapidité de ses conquêtes", Henri Pirenne, Histoire de l'Europe des invasions au XVIe siècle, Nouvelle société d'éditions, 1936, p. 49
  7. "Le mécénat des califes, émirs et gouverneurs est un des facteurs qui expliquent une civilisation aussi brillante. Il en résulte une valorisation des travaux de l'esprit et l'un des plus riches épanouissements culturels qu'ait connus l'histoire des civilisations. Selon certains historiens un véritable enthousiasme intellectuel fait que l'on poursuit toutes les formes du savoir : l'histoire, la géographie, la philosophie, la médecine, les mathématiques", Anne-Marie Delcambre, L'Islam, La Découverte, 2004, p. 48
  8. "La plupart des chrétiens qui cherchaient à s'instruire, surtout en médecine, se rendaient dans leurs école. Gerbert, archevêque de Reims, l'un des grands hommes du siècle, et qui devint pape sous le nom de Sylvestre II, avait fait ses études à Cordoue", Georges Cuvier, Histoire des sciences naturelles, Fortin, Masson et cie, 1841, t. 1, p. 396
  9. Marianne Barrucand et Achim Bednorz, Architecture maure en Andalousie, PML Éditions, 1995, p. 12.
  10. Heinz Halm, Al-Andalus und Gothica Sors dans Welt des Orient, 66, 1989, p. 252-263
  11. Marianne Barrucand et Achim Bednorz, Architecture maure en Andalousie, PML Éditions, 1995, p. 13
  12. a, b, c et d Dozy 1861, vol.2, p. 31.
  13. a, b et c Dozy 1861, vol.2, p.32.
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  29. Philippe Sénac, « Présence musulmane en Languedoc » in Islam et chrétiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, no 18, 2000, p. 50-51
  30. Picard 2001, p. 25.
  31. Infidels: A History of the Conflict Between Christendom and Islam. Andrew Wheatcroft, p. 111
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  49. Dozyop. cit. p. 57
  50. Clot 2004, p. 59.
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  52. Franco Cardini, Europe et islam, éditions du seuil, 2002, p. 30/332.
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  90. Dozy 1861,p. 48 volume III
  91. a et b Dozy 1861,p. 59 volume III
  92. Ces contacts culturels entre le monde arabe médiéval et l'empire grec sont le plus souvent occultés dans l'historiographie moderne : à titre d'exemple, la publication Sciences et Avenir a publié en janvier 2010 un numéro spécial no 114 consacré aux Sciences et techniques au Moyen Âge sans la moindre référence à l'empire byzantin.
  93. Dozy 1861,p. 9 et volume III
  94. Clot 2004, p. 116.
  95. Dozy 1861,p. 90 volume III
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  97. a et b Clot 2004, p. 125.
  98. EL RENACIMIENTO EMPIEZA EN CÓRDOBA par Identidad Andaluza identidadandaluza.wordpress.com
  99. Dozy 1861,p. 3 volume IV
  100. Dozy 1861,p. 4 volume IV
  101. Dozy 1861,p. 7 volume IV
  102. Dozy 1861,p. 20 volume IV
  103. Dozy 1861,p. 22 volume IV
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  105. Pays d'islam et monde latin 950-1250, Gourdin, Martinez-Gros, Aillet .. Atlande, 2001, p. 60/383
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique inversé

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  • André Clot, L'Espagne musulmane : VIIIe-XIe siècle,‎ 2004 (ISBN 2262023018).
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  • Christophe Picard, Le Portugal musulman, VIIIe-XIIIe siècle,‎ 2001 (ISBN 2706813989).
  • Pierre Guichard, Al-Andalus, 711-1492 : Une histoire de l'Espagne musulmane, Hachette Littératures, coll. « Pluriel »,‎ 2000, 269 p. (ISBN 978-2-01-279030-8).
  • Philippe Conrad, Histoire de la Reconquista, Paris, PUF,‎ 1998.
  • (es) Thomas F. Glick, Cristianos y musulmanes en la España medieval (711-1250), Madrid, Alianza Editorial,‎ 1991.
  • Rachel Arié, L’Espagne musulmane au temps des Nasrides (1232-1492), Paris, de Boccard,‎ 1973, 529 p.
    Ouvrage constitué du texte d'une thèse de lettres, soutenue en 1971 devant l'université Paris III. — Réédition : 1990, 528p. + 4p. de cartes + xiip. de planches illustrées, notice BNF n°FRBNF36641927t.
  • Ignacio Olagüe, Les Arabes n'ont jamais envahi l'Espagne-éditeur=Flammarion, Paris,‎ 1969.
  • Évariste Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, Paris, Maisonneuve et Larose,‎ 1967.
  • Reinhart Pieter Anne Dozy, Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110), E.J. Brill,‎ 1861 (lire en ligne).
  • Jerrilynn Denise Dodds, Al-Andalus: The Art of Islamic Spain,‎ 1992 (ISBN 0810964139).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]